Le dossier européen va bien, merci Didier Burkhalter

jeudi, 15.06.2017

Fathi Derder

Depuis 25 ans, les médias parlent de «l’impasse» du dossier européen. C’est un refrain connu, archi-répété sur tous les tons depuis le vote sur l’EEE, le 6 décembre 1992. En fait, l’hiver 92 marqua la fin d’une histoire d’amour. La presse s’était trompée, et s’est sentie trompée. Depuis, après une folle passion européenne, elle n’y croit plus: c’est l’impasse. Hier encore, un quotidien titrait que le dossier européen était « pris dans les sables», à cause de la «classe politique tétanisée». Ainsi, tout naturellement, après l’annonce de la démission de Didier Burkhalter, j’ai reçu le texto d’un confrère journaliste: «Il démissionne à cause de l’impasse du dossier européen?»

Non, Didier Burkhalter ne démissionne pas à cause d’une impasse. Car le dossier européen n’est pas dans l’impasse, en fait. Nos relations avec Bruxelles vont bien. Mais contrairement à l’imagerie romanesque développée par les médias, la diplomatie n’est pas un mélodrame. Il n’y ni amour, ni haine, ici. Juste des pesées d’intérêts. Nous négocions, c’est tout. Pour défendre, notamment, l’intérêt d’entreprises suisses qui ont besoin d’un marché européen accessible et ouvert.

Et vous savez quoi? Ça marche bien. Certes, il y a des tensions. Mais c’est normal, en diplomatie. Et, oui certes, il y eut des années difficiles, suite à un malheureux vote populaire. Par contre, aujourd’hui, cet épisode est clos, grâce au travail du Conseil fédéral, de ses négociateurs, de son ministre des affaires étrangères, et du Parlement. Les médias n’ont pas aimé la solution du Parlement – trop simple – mais le dossier est réglé. La situation est normalisée. Elle doit certes être affinée. Consolidée par un accord institutionnel, par exemple. Le Conseil fédéral aborde la question vendredi. Il tranchera. Ou pas. Les négociations se poursuivront avec Bruxelles. Le train-train diplomatique. Sans amour, ni haine. Juste des intérêts.

Donc, non, Didier Burkhalter ne quitte pas le Conseil fédéral à cause d’une impasse. Il a mené le dossier européen avec efficacité, il fut un excellent ministre des affaires étrangères, et un brillant président de la Confédération. Un Conseiller fédéral populaire et respecté, le mieux élu en 2015. Aujourd’hui, la question n’est pas de savoir pourquoi il démissionne. Mais comment trouver la personne qui maintienne, avec le même pragmatisme, un dialogue constructif avec les institutions européennes.  Dans l’intérêt de la Suisse, de nos entreprises, et de nos citoyens. Nos intérêts, encore et toujours. La diplomatie, en somme.n



 

 
 



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