La diplomatie reste toujours créative

mercredi, 14.06.2017

Quand l’incertitude fait loi, il faut être créatif et pas simplement démissionnaire.

Xavier Comtesse*

La diplomatie n’est pas réputée pour être créative mais à l’instar de la fonction publique plutôt faite pour appliquer les règlements, les lois. Détrompez-vous! De fait les accords internationaux sont beaucoup plus «soft», mous et changeants qu’il n’y paraît à première vue car ils dépendent fortement des mouvements de la géopolitique et avec le président Trump à la White House, nous entrons dans une période particulièrement chaotique.

Il devrait y avoir du travail pour tous les diplomates. Mais peut-être pas si sûr si l’on regarde les hauts fonctionnaires du State Department US qui dépriment tant la politique de Donald Trump leur paraît inapplicable. Se désolidariser du monde en se retirant de la plupart des accords internationaux n’est pas très passionnant si l’on est diplomate. 

Et pourtant la solution pour ces professionnels serait d’être créatifs et pas simplement démissionnaires (cf. l’Ambassadeur américain en Chine). Evidemment, cela paraît paradoxal d’espérer de la créativité chez des fonctionnaires de carrière. Il n’empêche que l’histoire regorge de cas emblématiques. 

Un bout d’histoire de la Suisse

Si l’on regarde uniquement du côté suisse, on trouve de nombreux exemples. Pendant la dernière guerre mondiale avec Carl Lutz qui sauva de nombreux juifs de Hongrie, avec l’intermédiaire Jean-Pierre Gontard en Colombie pour créer des conditions de paix avec les FARC ou plus récemment Elisabeth Decrey Warner, la «diplomate» des maquis qui négocie avec les rebelles pour qu’ils respectent le droit de la guerre etc.

Mais aujourd’hui, je voudrais vous raconter une histoire moins célèbre mais néammoins époustouflante celle d’un Suisse nommé Alexander Caselli. Je suis tombé l’autre jour sur son livre: «Seconde chronique d’un suisse errant» qui vient de paraître aux éditions Slatkine. Son fait d’arme, c’est les «boat people». Il a vécu sur place le drame de ces réfugiés et conduit pour le Haut Commissaire aux réfugiés une campagne d’aventure extrême pleine d’humanité. 

Son récit, c’est la guerre du Vietnam et la tragédie humaine qui l’accompagnera. Son attitude pendant ces années est exemplaire. 

Peu connu de tous, elle vaut le détour d’une lecture. C’est en fait un bout d’histoire de la Suisse, des temps modernes et du changement dont il parle au singulier. Étrange impression tant les situations décrites sont historiquement dramatiques et son humour personnel mordant. sa vie se déroule comme un théâtre très créatif! Il jette aujourd’hui un regard plus sombre sur la tragédie en Méditerranée. Il pense que les temps ont tellement changé que la perception de la population est aujourd’hui tout autre. 

A la campagne humanitaire de 1975 «d’un bateau pour le Vietnam» a succédé l’indifférence générale. Il y a 42 ans, nous sortions des «trente glorieuses» mais nous ne le savions pas encore. La vie était belle, le chômage quasiment inexistant et Valéry Giscard d’Estaing jouait de l’accordéon. 

Aujourd’hui, nous sommes dans une ère de mondialisation et nous ne savons pas trop quoi penser car la mondialisation a bousculé nos modèles économiques et sociétales et certains dirigeants politiques en rajoutent une couche. L’incertitude fait loi. Nos certitudes ont volé en éclat. Voilà comment Alexandre Caselli parle aujourd’hui. Son livre relate, par le récit, l’origine de notre réalité géopolitique. La source de la transition de celle-ci n’est finalement pas si lointaine. Il faut le lire absolument.

*Mathématicien



 

 
 



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