La surprise de l’élection au Royaume-Uni

mercredi, 14.06.2017

Le taux de participation des jeunes entre 18 et 24 ans a fait un bond de plus 20 points à 66%.

Marie Owens Thomsen*

Le mauvais calcul politique de David Cameron, ancien premier ministre anglais, qui a causé la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, rentrera peut-être dans les annales comme le pire du siècle. Mais celui de Theresa May n’est pas loin derrière. Le parti conservateur de Theresa May était devant le parti socialiste d’environ 20 points de pourcentage quand elle a annoncé la votation anticipée. Ensuite, elle a mis en place une campagne qui misait fort sur sa personnalité - dans un style très américain et très proche de la campagne de Président Trump, suggérant que seule elle pouvait réussir le Brexit. Pourtant, en poste depuis seulement juillet 2016, elle n’avait pas encore eu le temps d’incarner le rôle de «seule sauveur possible» qu’elle s’auto-octroyait. Depuis l’annonce de l’élection anticipée le 18 avril, sa popularité personnelle a plongé plus encore que celle de son parti, alors que ce dernier s’est pourtant écrasé contre les socialistes. L’arrogance précède la ruine et l’orgueil précède la chute. On pourrait presque succomber à une dose de «schadenfreude». 

Un élément surprise a été  le taux de participation des jeunes. Le taux de participation total était déjà élevé - le plus élevé depuis 1997 (71.3%), à 68.7% si l’on exclue le référendum. Mais le vote des jeunes, entre 18 – 24 ans, a fait un bond de plus de 20 points, enregistrant le 8 juin un taux de participation de 66%, contre 43% en 2015 et contre 64% dans le référendum en 2016. Parmi toutes les surprises délivrées par les votations anglaises, celle-ci est d’une proportion épique. Jusque lors, l’Angleterre, parmi tous les membres de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), était  le pays où les jeunes votent le moins. Ils auraient certainement dû voter encore d’avantage en 2016 pour changer le résultat du référendum, mais leur participation le 8 juin a très nettement contribué au bon résultat du parti «Labour». 

Les anglais votent majoritairement pour le parti de gauche jusqu’à l’âge de 34 ans. Ensuite, pour chaque dizaine de plus, la probabilité de voter pour le parti conservateur augmente de 8 points, et la probabilité de voter pour le parti socialiste diminue de 6 points, selon YouGov. Etant donné que les personnes âgées de 65 ans ou plus affichent un taux de participation aux élections de quelque 78%, il est compréhensible que la politique anglaise ait été orientée en leur faveur. Les aides au logement ont été baissées pour les 18-21 ans et les moins de 25 ans ont été exclus des hausses du salaire minimum, tandis que les retraités ont vu des augmentations garanties de leur retraites, des aides supplémentaires pour le chauffage, et des abonnements des transports publics gratuits, pour ne citer que quelques exemples. Dans une certaine mesure, ce biais anti-jeunesse de la vie politique anglaise a pu contribuer à la détérioration de l’égalité de distribution des revenus. L’OCDE calcule l’indice qui mesure l’inégalité de cette distribution (nommé Gini, et plus il est bas, plus la distribution est égalitaire). L’Angleterre se situe à 35.8, au-dessus de la moyenne de l’OCDE à 31.7 et loin au-dessus de celui de la Suède par exemple qui s’élève à 28.1.  L’Angleterre investit également moins dans la recherche et le développement que la moyenne de l’OCDE. En outre, les anglais (adultes) sont moins performants en lecture et mathématiques que la moyenne de l’OCDE. Ce savoir-faire est plus faible parmi les plus jeunes que parmi les personnes plus âgées. Un pays qui permet que sa source de croissance la plus formidable - la main d’œuvre - se détériore de génération en génération est un pays qui s’auto-condamne à un taux de croissance de l’activité du pays moindre, dans l’immédiat ainsi que pour le futur. Des dirigeants passés plus altruistes auraient pu gérer le pays différemment malgré la faible participation des jeunes aux votations. Mais, la non-participation relative des jeunes a permis aux dirigeants d’ignorer le futur qu’ils étaient élue pour construire, en faveur d’une politique de rentier qui distribue la richesse existante à ceux qui les gardent au pouvoir. 

Que les jeunes anglais s’expriment à voix haute contre un tel statu quo est une bonne nouvelle. Il est peut-être trop tôt pour proclamer la fin de l’ère de non-participation des jeunes dans la vie politique anglaise car une fois n’est pas forcément coutume, mais la participation des jeunes dans les votations orientera la politique autrement, de la part de tous les partis politique de gauche à droite. En participant, les jeunes s’accaparent enfin la partie de l’agenda politique qui leur est due, et le pays dans son ensemble sera gagnant. Quelle bonne surprise!

*Global Head of Economic Research Indosuez Wealth Management


 

 
 

 
 
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