La révolution numérique au Swiss Economic Forum

mardi, 13.06.2017

Les bouleversements qui résulteront de la numérisation ont fait l’objet de débats intenses entre les PME.

Philippe G. Müller Économiste responsable pour la Suisse romande, Chief Investment Office d’UBS

Cette année encore, plus de mille représentants de petites et moyennes entreprises (PME) suisses ont participé au Swiss Economic Forum (SEF) à Interlaken (BE) pour échanger sur les dernières évolutions politiques, économiques et techniques.

Il était frappant d’observer que la forte appréciation du franc, qui inquiétait fortement de nombreux dirigeants de PME il y a deux ans et l’an dernier encore, n’est plus un sujet de préoccupation. Beaucoup d’entreprises suisses très touchées par les fluctuations monétaires semblent depuis avoir réglé le problème et, grâce à des programmes de baisse des coûts et à une réorganisation de leur activité, sont prêtes à affronter l’avenir.

Voilà qui inspire confiance et montre une fois de plus que, grâce à leur flexibilité et à leur capacité d’adaptation, les entreprises suisses sont à même de s’imposer sur les marchés mondiaux, même dans les circonstances les plus défavorables. La question du franc ayant perdu de son acuité, d’autres thématiques ont pu être abordées.

Cette année, les participants au SEF ont discuté de thèmes beaucoup plus orientés vers l’avenir que les années précédentes. Les bouleversements qui résulteront de la numérisation et des récents progrès dans le domaine de l’intelligence artificielle, du big data, de la robotique et de l’internet des objets n’ont pas seulement été mis en évidence par des chercheurs de la Silicon Valley ou des professeurs de prestigieuses universités américaines, mais ont aussi fait l’objet de débats intenses entre les PME pendant les pauses de networking.

Au début du forum, à la question posée de savoir si les nombreuses entreprises présentes se sentaient prêtes pour le numérique, près des trois quarts ont répondu affirmativement. Les PME devraient cependant avoir conscience qu’il ne suffit pas de disposer d’un site web avec des informations sur ses produits et, éventuellement, d’une boutique en ligne pour être bien armées pour l’ère numérique.

Il importe aujourd’hui d’avoir une idée claire de la façon dont les chaînes de création de valeur, de A comme achat à V comme vente, doivent intégrer les technologies numériques, afin d’ouvrir ainsi la voie à des optimisations et des innovations. Comme l’a clairement démontré Clay Christensen, professeur à Harvard, il ne faut pas perdre de vue que les innovations au niveau des processus, qui rendent une entreprise ou une économie plus efficiente, ne suffisent pas à générer une croissance économique.

En effet, augmenter l’efficience permet avant tout de produire la même chose en employant moins de ressources. Une croissance économique durable vient quant à elle d’innovations disruptives, de produits totalement nouveaux qui, plus particulièrement dans le monde numérique, peuvent souvent être déclinés à volonté à l’échelle mondiale, avec des coûts marginaux minimes.

Pour réussir dans ce domaine, un pays comme la Suisse a besoin, en plus d’entrepreneurs inventifs, que toute une série de facteurs de succès soient réunis. Notamment une recherche fondamentale de qualité, des bailleurs de capital-risque disposés à financer des start-up et surtout un contexte fiscal et réglementaire favorable aux entrepreneurs.

Lors du SEF, de nombreuses PME ont critiqué l’environnement réglementaire. Une jungle réglementaire de plus en plus dense, parfois imposée par le droit international, parfois purement made in Switzerland, réduit de plus en plus la marge de manœuvre des entrepreneurs suisses pour produire des prestations innovantes.

C’est un message clair adressé aux autorités à tous les niveaux pour préserver et pour créer des marges de manœuvre pour les entreprises afin de garantir la croissance, l’emploi et la prospérité.n



 

 
 



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