Faut-il subventionner davantage l’hydroélectricité?

mardi, 13.06.2017

L’aide pour ce secteur a été l’un des points d’achoppement de la mise en œuvre du tournant énergétique.

Jean-Daniel Delley www.domainepublic.ch/articles/31632

Les sociétés électriques crient misère. Les prix du marché ne leur permettraient plus de couvrir leurs coûts de production. Dès lors elles ne rechignent pas à s’inviter au banquet des subventions, sans pour autant remettre en question leur modèle d’affaire.

Dans le cadre de la nouvelle loi sur l’énergie, l’économie hydroélectrique a déjà réussi à grappiller des subventions: prime de marché destinée à couvrir la différence entre prix de revient et prix du marché, aide à l’investissement pour la rénovation et la construction de nouvelles installations. Au total, une enveloppe annuelle de 120 millions de francs durant 5 ans, financée par une taxe de 0,5 centime par kWh et prélevée sur les gestionnaires du réseau, donc finalement sur les consommateurs.

Les électriciens veulent plus encore. Axpo, Alpiq, les Forces motrices de Suisse centrale, Repower et la Compagnie électrique du Tessin (AET) demandent de bénéficier rapidement d’une prime d’approvisionnement de base de 1,6 à 1,8 centime par kWh, à la charge des consommateurs captifs, à savoir les ménages et les PME. Au total un coup de pouce de 480 à 500 millions. Dans une seconde phase, ils suggèrent de soumettre le courant sale importé à une taxe CO2. Une taxe supportée elle aussi par les consommateurs, qui rapporterait 5 à 600 millions.

Egalement dans le viseur des électriciens, la redevance due aux collectivités publiques pour l’utilisation des eaux (droits d’eau). Au cours des 30 dernières années, cette redevance, dont le plafond est fixé par le droit fédéral, a fortement augmenté. Elle se monte actuellement à 110 francs par kW, ce qui équivaut à 1,6 centime par kWh. Les producteurs proposent une redevance composée d’une part fixe et d’une part variable en fonction du prix de l’électricité. Economie escomptée: 300 millions. Ces aides cumulées devraient rapporter plus d’un milliard. Faute de quoi, préviennent ces sociétés, la pénurie nous guette.

Avant d’entrer en matière sur ces revendications, il s’agit d’apprécier objectivement la situation. Ce que n’a pas fait le Conseil des Etats. Les sénateurs sont venus au secours des électriciens en annulant par voie législative un arrêt du Tribunal fédéral. Ce dernier avait jugé illégale la pratique de nombre de distributeurs consistant à fournir les clients captifs avec du courant cher et à réserver le courant importé meilleur marché pour les clients - gros consommateurs - libres de choisir leur fournisseur. Fort heureusement, le Conseil national a renvoyé à sa commission tout le dossier, ficelé à la hâte et sans connaissance aucune des coûts réels de l’opération.

Hanspeter Guggenbühl, analyste attentif de la politique énergétique, met en doute l’absence de rentabilité de l’hydraulique helvétique, répétée à l’envi par les électriciens. Si le coût de production de la centrale de Bieudron-Dixence se monte à 8 centimes le kWh, nombre de barrages s’en tirent à moins de 5 centimes, un coût inférieur au prix payé par les consommateurs captifs. Avant de décider de subventionner les producteurs, les autorités se doivent d’obtenir des quémandeurs des informations détaillées sur les véritables coûts des différentes installations de production et les prix de vente. Faute de quoi on peut soupçonner les électriciens, sous prétexte d’assurer la sécurité de l’approvisionnement, de détourner cet argent pour combler les déficits des centrale nucléaires qu’ils possèdent.

Si les chiffres confirment les difficultés financières de l’industrie hydroélectrique et si les autorités estiment que le secteur ne peut faire faillite sans inconvénients majeurs pour le pays, alors l’Etat se doit de prendre en charge les actifs en danger, comme il l’a fait pour UBS, de manière à retrouver sa mise lorsque la situation s’améliorera. Et non d’alimenter à coup de subventions à fonds perdus une branche qui fait preuve de peu de transparence et qui porte une lourde responsabilité dans les difficultés financières dont elle se plaint (DP 2149).n


 

 
 

 
 
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