Catalyseur clé dans l’accélération des flux chinois à l’international

mercredi, 07.06.2017

One Belt, One Road. Cette initiative devrait limiter les inquiétudes liées aux investissements directs à l’étranger de la Chine.

Helen Wong*

La récente mise en application de contrôles plus stricts concernant les sorties de capitaux en Chine a suscité des inquiétudes quant aux perspectives d’investissements directs à l’étranger du pays. Nous pensons que l’impact devrait être limité à long terme et que l’initiative One Belt, One Road jouera le rôle d’un catalyseur clé dans l’accélération des flux chinois destinés à l’international.

En 2016, le renminbi s’est déprécié de plus de 6% face au dollar américain, et les réserves de change de la Chine ont fortement diminué. De tels changements drastiques ont été sources de préoccupation pour Pékin et les marchés mondiaux. Il n’existe cependant pas de solution miracle: les responsables politiques chinois doivent en effet, soit contrôler les sorties de capitaux spéculatives, soit laisser le renminbi se déprécier davantage, ce qui aggravera à son tour les fuites de capitaux.

Si la mesure peut permettre d’apaiser les pressions à la baisse exercées sur la devise, en optant pour une restriction des flux, Pékin est aujourd’hui confronté à une diminution du volume global des acquisitions et des investissements à l’étranger. Bien que cette décision semble constituer une étape cruciale peu opportune, elle paraît toutefois être ciblée et vraisemblablement à court terme, au bénéfice de l’économie dans son ensemble.

750 milliards sur cinq ans

Des signes évidents suggèrent que la Chine est confiante dans le fait que son approche n’entravera ni ne renversera la tendance à long terme des investissements à l’étranger. Le président Xi Jinping a clairement annoncé que le pays continuera ses développements tournés vers l’international ainsi que ses investissements dans des secteurs clés. Ces cinq prochaines années, la Chine devrait investir 750 milliards de dollars à l’étranger et ces flux continueront de jouer un rôle majeur dans la transition économique du pays.

En outre, l’initiative One Belt, One Road donnera un coup de pouce à la prochaine phase des investissements directs chinois à l’étranger. Cet ambitieux plan de développement économique, qui vise à améliorer les infrastructures et la connectivité des réseaux, couvre plus de la moitié de la population mondiale, et 29% du PIB mondial en Asie, en Europe et en Afrique. Non seulement il permettra aux entreprises chinoises d’accéder à de nouveaux marchés, mais il facilitera aussi les échanges commerciaux, les investissements et les flux de capitaux grâce à une meilleure connectivité.

Les investissements directs chinois à l’étranger continuent sur leur lancée, avec une croissance de 44,1% en glissement annuel, ce qui représentait en 2016 170,11 milliards de dollars. L’initiative One Belt, One Road renforce la coopération entre les entreprises chinoises et leurs homologues à l’étranger. Les investissements à destination des paysimpliqués dans ce projet se sont élevés à 14,53 milliards de dollars en 2016.

Prochaines étapes pour la Chine

Après de nombreuses années marquées par des acquisitions à l’étranger dans le secteur des ressources naturelles (charbon, pétrole et métaux), la prochaine étape sera pour la Chine de développer son secteur manufacturier intelligent, d’établir des marques à plus haute valeur ajoutée et d’améliorer ses services. Nous avons assisté à l’expansion des entreprises chinoises dans des secteurs à forte valeur ajoutée tels que la fabrication de pointe, l’immobilier, la finance, l’agroalimentaire et la santé, en vue d’améliorer leur compétitivité sur le marché mondial ainsi que de répondre à la hausse de la demande intérieure.

Sous cette impulsion, les destinations des investissements chinois sont de plus en plus diversifiées. D’une part, la demande chinoise pour les technologies, services et marques de consommation signifie que les entreprises de ces secteurs continueront de graviter sur des marchés développés tels que le Royaume-Uni, l’Allemagne et les États-Unis. D’autre part, les investisseurs chinois peuvent trouver davantage et de nouvelles opportunités d’investissement tout au long des Nouvelles routes de la Soie grâce à l’amélioration des infrastructures et la capacité de la Chine à coopérer sur le plan économique avec les pays en développement.

Parallèlement à la croissance des investissements directs à l’étranger, le nombre et la taille des entreprises privées chinoises sont aussi en pleine expansion. Le total accumulé des investissements directs à l’étranger des entreprises publiques a plus que quadruplé ces dernières années, en particulier dans les domaines de l’exploitation minière et des infrastructures dès l’annonce de l’initiative One Belt, One Road. Les investissements à l’étranger des entreprises privées chinoises ont augmenté selon un rythme encore plus soutenu (10,4 fois de 2009 à 2015).

De nouveaux investissements

À l’heure actuelle, l’initiative One Belt, One Road offre une nouvelle série pour les investissements chinois à l’étranger, notamment dans la construction d’infrastructures, à savoir la construction de routes, de chemins de fer, de ponts et de ports dans toute l’Asie.

Plus particulièrement, les investissements dans ces infrastructures nécessitent un apport en capital non négligeable, mais leur financement est souvent un véritable défi pour la plupart des pays asiatiques.

Le financement initial nécessaire aux projets d’infrastructure le long de la Belt and Road proviendra majoritairement de banques soumises aux réglementations chinoises, notamment la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB) et la Nouvelle banque de développement, ainsi que de fonds chinois tels que le Silk Road Fund, qui a consacré des milliards aux projets One Belt, One Road. Les institutions financières, telles que les banques commerciales chinoises et étrangères, ont aussi un rôle majeur à jouer dans ces aides au financement.

Nous observons à l’heure actuelle une panoplie de projets d’infrastructures transfrontaliers déjà engagés: un nouveau chemin de fer entre la Chine et le Laos, une autoroute au Pakistan et un port au Vietnam; une ligne ferroviaire à grande vitesse du sud de la Chine jusqu’à la côte est industrielle de la Thaïlande en passant par le Laos; une liaison ferroviaire Singapore-Kunming longue de 7000 kilomètres. La Chine s’est engagée auprès du Laos dans la construction d’un projet de chemin de fer de 6 milliards de dollars reliant la capitale du Laos Vientiane à la province du Yunnan au sud de la Chine d’ici à 2020.

Yuan toujours plus international

La croissance des investissements directs chinois à l’étranger renforcera en outre le rythme auquel le renminbi s’internationalise. Le yuan est d’ores et déjà une monnaie mondiale de commerce, d’investissement et de réserve, et l’initiative One Belt, One Road augmentera son utilisation dans le cadre de paiements transfrontaliers et de financements, qu’il s’agisse de prêts ou par le biais des marchés de capitaux.

À titre d’exemple, l’AIIB peut émettre des obligations en renminbi afin de financer ses projets d’infrastructure. Par ailleurs, lorsque la construction de projets individuels s’achève, les prêts peuvent être titrisés en obligations libellées en renminbi. Ce contexte créera une vaste et nouvelle classe d’actifs libellés en renminbi qui, lorsqu’ils seront échangés à l’étranger, apporteront plus de profondeur aux marchés offshore.

La Chine reste confiante quant aux perspectives de croissance des investissements directs à l’étranger. Le pays poursuit son intégration vis-à-vis de l’économie mondiale grâce à une phase de développement des investissements à l’étranger, en particulier lorsque l’initiative One Belt, One Road s’accélérera. À long terme, lors de la prochaine phase de mondialisation, la Chine jouera le rôle d’un véritable leader pour stimuler la croissance économique mondiale.

* HSBC, directrice générale pour la Chine élargie


 

 
 

 
 
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