L’enjeu principal: instaurer la confiance

lundi, 29.05.2017

Fathi Derder

Un monde nouveau émerge, et ce monde repose sur nos données. Les données que nous émettons en permanence. Volontairement, ou pas. Des capteurs numériques rendent nos faits et gestes calculables, des algorithmes les interprètent, et leur donnent un sens. Pour nous aider à vivre. A mieux vivre, même, contrairement à ce que dicte la méfiance ambiante. La multiplication des données rend notre vie mesurable, et les algorithmes la rendent meilleure. Améliorer notre mobilité, réduire la pollution, anticiper nos maladies, mieux les soigner. Entre autres. 

Parallèlement, ces données rapportent gros. Elles ont une valeur inestimable. Accéder à nos données est une priorité pour une entreprise. Google l’a compris vingt ans avant les autres. Aujourd’hui, tous les modèles économiques reposent sur l’exploitation des données. On parle d’or noir du XXIe siècle. C’est plus que cela: le traitement et l’analyse de nos données permettent de construire un monde meilleur.

Mais pour y parvenir, nous devons poser des bases solides. Et ces bases ne sont pas là. Il manque un élément clé: la confiance. Aucun système libéral ne peut survivre sans confiance. Or, aujourd’hui, personne n’a vraiment confiance dans le traitement réservé à nos données. A juste titre. Le système est d’une extrême fragilité. La priorité absolue de tout législateur doit être l’établissement de la confiance de base indispensable au monde en construction.

Les réformes en cours vont dans la bonne direction, tant au niveau suisse qu’européen. On va renforcer la protection des données, et donc mieux protéger notre vie privée. C’est une bonne chose. C’est même une étape indispensable. Mais la révision en cours rate l’essentiel. Le projet n’introduit pas de renversement du fardeau de la preuve en faveur de la personne dont les données sont traitées. En clair, c’est à vous de prouver qu’on abuse de vos données. Or, un renversement obligerait le responsable du traitement à démontrer qu’il traite les données de manière licite. Le bon sens, en somme.

Nous révisons la loi sans aborder la question de fond: à qui appartiennent nos données? Notre priorité, aujourd’hui, consiste à définir notre identité numérique. Et rendre les données à leurs propriétaires. Nous. La Suisse peut montrer l’exemple.


 

 
 

 
 

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