L’internationalisation du yuan chinois

mercredi, 17.05.2017

La CNY a généré 1.7% des échanges de paiements. Le risque de détrôner le dollar n’est donc imminent.

Marie Owens Thomsen*

L’utilisation croissante de la devise chinoise, appelée yuan ou renminbi, dans les paiements internationaux continue à faire couler beaucoup d’encre. Souvent, son essor est décrit comme une menace immédiate du dollar américain à sa position de devise de référence internationale. Le sujet mérite alors un peu de relief. 

SWIFT est l’organisme qui domine les paiements dans le monde. Il produit un classement des devises selon leur fréquence d’utilisation dans les paiements effectués par ses soins. En décembre 2016, la devise chinoise, appelons-la CNY, a généré 1.7% des échanges de paiements, un taux permettant au pays de finir à la 6e place dudit classement. Etant donné que le dollar américain est la devise de choix pour 42% des paiements à la même date, il semble évident que le risque de détrôner le dollar n’est pas imminent. L’euro, avec 31.3%, est loin devant la livre sterling, 3e avec 7.2% des paiements, suivi du yen japonais à 3.4% et du dollar canadien à 1.9%. Ainsi, il est sans ambiguïté aucune que l’USD et l’EUR dominent le trafic des paiements dans le monde. 

Néanmoins, la CNY a connu une évolution spectaculaire. En juin 2011 elle ne représentait que 0.2% des transactions de paiements dans le monde, toujours selon SWIFT. En outre, en 2012, seulement quelques 5% du commerce extérieur de la Chine étaient payés en CNY, tandis qu’en 2015 ce taux avait atteint 30%. Le rythme de gain se ralenti toutefois. L’année 2016 a vu les paiements augmenter de 0.7% globalement, tandis que la part du CNY a diminué puisque la devise affichait un taux de 2.3% en décembre 2015. La volatilité accrue du CNY, qui a été relativement mal comprise par les marchés, explique pour partie ce recul. En effet, il faut souligner que le mouvement constaté dans le yuan peut surtout être expliqué par l’appréciation du dollar américain plutôt que par une dépréciation du yuan. D’autres devises majeurs, tels que l’euro et le yen, ont fait preuve d’une volatilité aussi importante contre le USD que le CNY. En outre, les intervenants du marché ont eu l’impression que la Banque centrale chinoise, la PBOC, avait pour objectif la dépréciation de la devise. 

Valorisé selon les forces du marché

Nous pensons tout le contraire. La Chine a déclaré dans ses plans quinquennaux que le pays souhaitait libéraliser le marché financier et le compte du capital de la balance de paiements. Un élément important dans ce processus est de permettre à la devise de déterminer sa valeur selon les forces du marché et non selon la politique de la PBOC. 

Le Fonds Monétaire International (FMI) a inclus, depuis octobre dernier, le CNY dans le panier de devises de référence qui comprenait déjà le dollar américain, l’euro, le yen, et la livre sterling. Une des conditions posées par le FMI pour l’inclusion du CNY était que la devise soit d’avantage déterminée par le marché, chose qui est plutôt évidente. En effet, inclure une nouvelle devise fixée contre le dollar américain ne ferait qu’augmenter le poids du dollar dans ce panier. Les marchés ont salué la décision du FMI mais n’ont pas du tout apprécié la volatilité du CNY qu’y est associée, dans une réaction qui pourrait être interprétée comme «vouloir le beurre et l’argent du beurre». 

Les marchés ont également eu une lecture trop rapide des flux sortants sur le compte de capital. Une partie de ces flux sortants a été générée par les remboursements des prêts en USD - une évolution plutôt positive car ils rendent le pays moins vulnérable aux taux d’intérêts américains dont l’orientation est à la hausse. Les Chinois ont également sorti de l’argent pour s’offrir des investissements à l’étranger - également une évolution favorable et réalisable uniquement par des pays qui sont relativement riches. 

Au-delà de ces changements positifs, il est évident que la population a une demande latente de diversification de ses biens étant donné que le marché financier local est moins développé que les marchés des pays matures. Pour réussir la libéralisation de son compte de capital, la Chine a alors besoin de rester attractive surtout aux yeux des investisseurs internationaux, dans l’espoir que les flux entrants viennent compenser les flux sortants et n’impactent pas trop le compte de capital. Pour garder la confiance des investisseurs, il faut une devise relativement forte, bénéficiant d’une tendance à l’appréciation. La Chine, et l’Allemagne, sont les pays dont le compte courant est le plus excédentaire au monde, en dollars américains. 

Ces flux entrants,  générés grâce à la compétitivité commerciale de la Chine sur le plan international, devrait non seulement  confirmer la tendance à l’appréciation du CNY mais aussi assurer une augmentation graduelle, mais certaine, de l’utilisation de la devise dans les paiements. De là à détrôner le dollar américain ou même l’euro de leur première et deuxième place, il va falloir attendre encore bien des années.

*Global Head of Economic Research Indosuez Wealth Management


 

 
 

 
 
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