Macron, un soulagement pour la Suisse

mardi, 16.05.2017

Le nouveau président français a déjà ouvert la voie à une amélioration des conditions de taux de change.

Philippe G. Müller*

Pour la Suisse, l’élection d’un nouveau président français à la fois libéral et pro-européen est avant tout synonyme d’un soulagement certain sur le plan monétaire. En revanche, les conséquences à long terme de son élection, notamment au plan des changements institutionnels, restent encore à éclaircir.

La Banque nationale suisse (BNS) est particulièrement soulagée par le succès d’Emmanuel Macron. Une victoire de Marine Le Pen à la course à l’Elysée aurait immanquablement et rapidement engendré des craintes quant à la cohésion du noyau dur de l’Union européenne (UE) et de la zone euro. 

Le franc suisse aurait donc vite subi de fortes pressions à la hausse. Depuis début février déjà, du fait des craintes liées à une éventuelle victoire de Marine Le Pen, la BNS a dû intervenir semaine après semaine en injectant à chaque fois entre deux et cinq milliards de francs sur les marchés des changes afin que le franc ne tombe pas sous la barre des 1,07. Elle n’aurait pas pu tolérer de telles interventions très longtemps encore, avec des montants d’une telle ampleur et qui risquaient encore de s’accroître.

Après l’élection, le franc a eu tendance à s’affaiblir sensiblement face à l’euro pour finalement dépasser le niveau de 1,09, ce qui représente un net apaisement de la situation du point de vue de la BNS. 

Les prochaines impulsions en faveur d’une nouvelle réévaluation de l’euro de la part de la Banque centrale européenne (BCE) ne devraient pas tarder. Le Chief Investment Office d’UBS pense que la BCE annoncera le retrait progressif de son programme d’achat d’actifs au plus tard à l’issue de la réunion de son conseil des gouverneurs du mois de septembre.

Emmanuel Macron a donc, à court terme, ouvert la voie à une amélioration des conditions de taux de change pour les exportations suisses. Il faut attendre de voir les conséquences à long terme qu’aura son élection sur les autres domaines politiques importants pour la Suisse. 

D’une part, son programme plutôt libéral visant à déréguler le marché du travail un peu sclérosé et à renforcer la formation professionnelle semble aller dans une direction correspondant au modèle suisse. 

D’autre part, Emmanuel Macron souhaite défendre une plus forte harmonisation fiscale au niveau européen, tout en suivant l’idéal typiquement français d’un renforcement de la centralisation et de l’harmonisation des conditions-cadres. Ceci va à l’encontre du principe suisse de la concurrence fiscale et locale entre les collectivités territoriales fédérales. 

La manière dont l’élection d’Emmanuel Macron agira sur la capacité de l’UE à résoudre les gros défis dans les domaines de l’immigration et des déséquilibres structurels toujours latents sera déterminante pour la Suisse. Ces problèmes sont en particulier responsables de l’émergence des forces populistes et isolationnistes et pourraient entraîner une rupture de la zone euro. Ce qui serait aussi défavorable à la Suisse en ce qui concerne le taux de change euro/francs suisse. 

Dans cette perspective, le prochain obstacle devrait être celui des élections en Italie qui auront lieu au plus tard au printemps 2018. Emmanuel Macron a expliqué le soir de son élection que le succès de son mandat se mesurerait à sa capacité à faire reculer les forces isolationnistes principalement en France. Mais il aura aussi beaucoup de travail à accomplir pour également atteindre ce but au niveau européen.

*Économiste responsable pour la Suisse romande, Chief Investment Office d’UBS


 

 
 

 
 
agefi_2017-05-16_mar_02


...