Visibilité disparue et incertitude constante

vendredi, 12.05.2017

Toutes les entreprises sont confrontées à des choix cornéliens face aux technologies. Extrait d’un discours lors de l’Assemblée générale de la CVCI.

Claudine Amstein, directrice de la CVCI

Comment diriger une entreprise dans un monde complexe en pleine mutation? Comment se forger une idée claire? Comment développer une stratégie à long terme dans un monde du court terme? Ce sont quelques-unes des questions qui doivent certainement tourner dans vos têtes, lorsque vous n’avez pas des dizaines de décisions immédiates à prendre.

Comme notre président l’a dit tout à l’heure, l’économie a horreur de l’incertitude. Et même si elle fait partie intrinsèquement de la vie, nous passons, tous, notre temps à essayer de la contrer et de l’apprivoiser. Cette variable est aujourd’hui devenue constante dans nos esprits depuis la crise financière et économique de 2008-2009. Peu importe que les cycles économiques continuent, et que la tendance soit actuellement plutôt positive, en particulier dans le canton de Vaud comme le révèle la dernière enquête conjoncturelle de la CVCI.

Quelque chose s’est cassée: la visibilité a disparu.

Cela se traduit par de la retenue dans les investissements et par un marché de l’emploi moins dynamique. Pour les entreprises, les choix deviennent plus délicats.

Les USA de Trump, le Brexit, la Turquie d’Erdogan, la guerre en Syrie et ses mouvements migratoires – sans parler de la Corée du Nord ou de l’Ukraine – contribuent à rendre notre monde plus complexe et imprévisible. Mais force est de constater que même si Trump ou le Brexit ne s’étaient pas démocratiquement matérialisés, notre monde n’en serait pas moins complexe. La technologie, la digitalisation de l’économie et de la société dans son ensemble bouleversent tous les modèles d’affaires et de vie qui prévalaient jusque-là.

Commerce en ligne, plateforme d’échanges, gestion des données, intelligence artificielle... toutes les entreprises sont confrontées à des choix cornéliens face aux technologies et par conséquent face à leurs investissements. Tout évolue très vite, trop vite? Et nous ne sommes qu’aux débuts de la transition numérique. Le smartphone n’a que dix ans. Le potentiel d’innovation dans le domaine de l’économie de partage demeure énorme. Robots et logiciels disposent également d’un potentiel d’amélioration gigantesque. Prenez un seul exemple: plus personne ne doute que la voiture autonome sera un jour disponible sur le marché, la seule question ouverte est de savoir quand on pourra l’acheter!

Dans ce monde toujours plus complexe, les choix deviennent sans cesse plus délicats à opérer, mais les opportunités n’ont jamais été aussi grandes et c’est un monde qui sourit aux «entrepreneurs» au sens littéral du terme.

La CVCI s’est elle-même engagée dans une démarche active visant à s’adapter à la digitalisation. Ce sera l’un des projets-phares de l’année.

Ces difficultés, en matière d’orientation dans les décisions, se retrouvent dans les choix politiques. De quelle fiscalité des entreprises la Suisse a-t-elle besoin? De quelle stratégie énergétique la Suisse doit-elle se doter? Quelle réforme de la prévoyance professionnelle devons-nous défendre? Prévoyance 2020?

Le Conseil stratégique de la CVCI a pris la décision de soutenir ces objets, dont l’élaboration a duré des années. Et il ne l’a pas fait parce que cela a duré des années. Nous ne sommes pas atteints du syndrome de Stockholm, rassurez-vous Mesdames et Messieurs.    

Si nous avons perdu au plan national, la RIE III s’est révélée être un succès complet dans le canton de Vaud. Et nous avons bon espoir que le paquet vaudois entre en vigueur en 2019 comme prévu.    

Pour la stratégie énergétique 2050, notre Chambre a estimé que les points positifs du projet élaboré par le parlement l’emportent sur les éléments négatifs. Entendez-nous bien, ce projet est bien loin d’être parfait! Mais pour la première fois dans le domaine de l’énergie, une fin des subventions est inscrite dans la loi. Et des mesures fiscales incitatives sont prévues pour les propriétaires d’immeubles qui réalisent des travaux destinés à économiser l’énergie. Somme toute, ce projet constitue un premier pas dans la bonne direction. Nous avons bien conscience qu’il ne constitue pas un aboutissement et qu’il devra être adapté, mais le rejeter ne ferait que retarder bon nombre de décisions inévitables.

La situation est semblable pour le paquet Prévoyance 2020. D’un côté, ce projet acte une augmentation de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans, une décision naturelle compte tenu de l’augmentation de l’espérance de vie. Dans le 2e pilier, Prévoyance 2020 prévoit un abaissement du taux de conversion à 6%, tout aussi nécessaire en raison de l’augmentation de l’espérance de vie. N’oublions pas que le peuple suisse a refusé à près de 73% un taux de conversion de 6,4% en 2010... De l’autre côté de la médaille, évidemment, le saupoudrage coûteux de l’augmentation des rentes AVS de 70 francs pour tous est malheureux. Mais faut-il tout rejeter sans aucune garantie d’obtenir mieux dans plusieurs années?

Ces dossiers et leurs enjeux sont complexes dans une démocratie directe aussi active. La population exprime une certaine perplexité et un certain désarroi face aux simplifications abusives et à la polarisation de la politique. Elle est aussi déstabilisée par les changements rapides de la société numérique tout en y participant abondamment. Dans une société où le selfie devient le réflexe, le citoyen souhaite savoir ce qui crée de la valeur pour LUI dans chaque dossier. Et il faut bien avouer que la fiscalité des entreprises comme la prévoyance vieillesse ne sont pas des sujets si faciles à «vendre». Et la population ne semble prête à accepter des réformes de fonds souvent douloureuses que dans les périodes économiques difficiles, à l’exemple de celles qui ont suivi la crise des années 90.

Avec la démarche initiée dès 2010 par la CVCI, pour un dossier aussi vital pour l’économie que la fiscalité des entreprises, nous savions que la seule solution de la réformer dans le canton de Vaud était celle d’un compromis. Imaginez, Mesdames et Messieurs, à quel point peut être populaire une baisse des impôts des entreprises avant celle des citoyens? Nous l’avons vu avec la réforme fédérale.


 

 
 

 
 
agefi_2017-05-12_ven_02


...