Swiss Re: exemplaire et invisible

jeudi, 11.05.2017

Une société de réassurance est bien placée pour apprécier les effets néfastes du changement climatique.

Jacques Guyat, Domaine public

En Suisse romande, seuls les lecteurs de la presse économique et financière ou les employés du secteur connaissent véritablement Swiss Re, l’une des deux principales compagnies mondiales de réassurance avec sa consœur allemande Munich RE. Avant l’anglicisation générale du monde, voici une vingtaine d’années, on parlait de la Schweizerische Rück et de la Münchener Rück. L’entreprise suisse de Zurich a américanisé sa raison sociale en 1999.

Une société de réassurance sert à couvrir les risques des compagnies d’assurance dans les cas où elles ne peuvent pas financer en totalité la couverture d’un sinistre majeur, par exemple dans le cas d’un tremblement de terre ou d’autres catastrophes naturelles. Les chiffres de Swiss Re et de Munich Re sont très proches. Swiss Re a encaissé 28,5 milliards de dollars de primes en 2016 alors que Munich Re dont les comptes sont en euros a encaissé 27,6 milliards d’euros de primes.

Nous avons utilisé le mot de consœurs plutôt que de concurrentes, tant il est vrai que dans ce domaine les compagnies travaillent souvent en pool et se partagent les risques.

Actares, la société d’investissement pour une économie durable, en général très critique lors de ses interventions dans les assemblées générales des entreprises, a félicité Swiss Re pour son comportement exemplaire d’entreprise responsable lors de l’assemblée générale du 21 avril, en reprochant toutefois un recul de la représentation féminine au sein du conseil d’administration ainsi qu’un niveau des rémunérations trop élevé.

Le programme

Resilient Nova

Le changement climatique et la lutte contre les désastres naturels semblent être avant tout la tâche des Etats et des ONG appuyés sur les données scientifiques fournies par le Giec et par d’autres organismes du même type. C’est oublier un peu vite que les mieux informés sont sans doute les compagnies de réassurance qui sont confrontées aux effets délétères des catastrophes et qui prennent des initiatives en permanence pour en limiter les conséquences, pas seulement pour des raisons morales, mais tout simplement parce que leurs profits en dépendent. Le rapport de Swiss Re sur leur responsabilité d’entreprise, couvert d’éloges par Actares, est à ce sujet particulièrement éclairant.Dans les pages 20 et suivantes de ce rapport, nous apprenons que Swiss Re a ainsi joué un rôle majeur en 2016 dans le programme «Resilient Nola» visant à protéger La Nouvelle-Orléans des effets d’un nouvel ouragan du type Katrina.

 Comme la région ne peut éviter ce genre d’événements, Swiss Re a développé une modélisation des catastrophes et du risque climatique appliquée à la métropole de la Louisiane. Swiss Re précise bien qu’il s’agit de modèles «propriétaires», qui ne vont donc pas être mis à disposition gratuitement, et ajoute que les capacités du secteur privé doivent être mises à contribution pour rétablir la situation lors de futurs ouragans.

Nous nous demandons si une stratégie semblable à celle des génériques en pharmacie ne pourrait pas être développée dans ce domaine de la lutte contre le risque climatique. Il est normal que des villes d’un pays riche comme les USA financent des dispositifs de limitation des risques auprès d’entreprises comme Swiss Re. Mais les outils qui ont été ainsi développés pourraient être mis à disposition à bas coût pour les villes de pays pauvres qui n’ont pas les moyens de mettre en place les stratégies très élaborées prévues pour La Nouvelle-Orléans.

Swiss Re participe également en Grande-Bretagne à une opération baptisée Flood Re et destinée à limiter les effets des inondations. Mentionnons également un programme-pilote d’assurance contre les risques naturels en Chine. En Indonésie, Swiss Re met en place un système d’assurance contre le risque sismique en collaboration avec des institutions de micro-crédit, avec une couverture qui dépendrait de l’intensité du séisme sur l’échelle de Richter.

Il ne s’agit pas de présenter Swiss Re comme un parangon de vertu face au changement climatique et aux risques naturels, mais de souligner une évidente complémentarité entre le travail des ONG dont on parle continuellement et les interventions efficaces de grandes entreprises qui agissent bien sûr en fonction de leurs intérêts, et qui méritent aussi d’être citées.

https://www.domainepublic.ch/

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