Stratégie énergétique 2050 La loi manque son but

jeudi, 11.05.2017

Malgré les avertissements, le parlement n’est pas parvenu à mettre sur pied un projet de loi réaliste.

Hans Hess, Président de Swissmem

Il y a six ans, le Conseil fédéral a décidé de changer fondamentalement l’approvisionnement suisse en énergie. Il s’agit entre autres de remplacer l’électricité des centrales nucléaires, constituant aujourd’hui 38% de la production d’électricité globale, en développant les nouvelles énergies renouvelables de manière considérable et en réduisant la consommation de manière substantielle.

L’énergie, et en particulier l’électricité, est une ressource centrale pour la place industrielle suisse. Malgré les avertissements répétés de l’économie bien au-delà du processus politique, le parlement n’est pas parvenu à mettre sur pied un projet de loi réaliste pour remplacer de l’électricité qui viendra à manquer. Trois points importants s’opposent à la nouvelle loi sur l’énergie:

Approvisionnement:

la sécurité en péril

1. La question qui se pose concernant la sécurité d’approvisionnement future en électricité doit être rapidement réglée. A moyen terme, la sécurité d’approvisionnement est en effet en péril. Les centrales nucléaires seront retirées du réseau par étapes.

Il manquera des capacités de production d’un montant de 25 TWh. Même si les plans d’extension très ambitieux de la Stratégie énergétique sont atteints, la production d’électricité à partir des nouvelles énergies renouvelables en 2035 ne fournira que 11 TWh. De ce fait, elle ne contribue pas suffisamment à la sécurité d’approvisionnement tant au niveau de la quantité que de la qualité. L’électricité solaire et l’électricité éolienne présentent deux points faibles: elles n’existent que lorsque le soleil brille et le vent souffle. En outre, elles ne peuvent pas être stockées. Une extension encore plus grande de l’énergie solaire et de l’énergie éolienne ne règlerait pas le problème.

On a pu le constater en janvier 2017 en Allemagne: le soleil et le vent ont fourni 2% de l’électricité nécessaire alors que la capacité installée est d’environ 25%. Le reste provenait des centrales à charbon – bonjour le CO2.

Les données de l’Office fédéral de l’énergie montrent qu’en 2035, la production intérieure ne couvrira le besoin d’électricité que de mai à août. Durant environ huit mois, la Suisse devra se procurer autrement l’électricité manquante. Il n’y a pour le moment que deux solutions: soit à partir de centrales à gaz soit par des importations d’électricité.

La Stratégie énergétique 2050 se révèle donc être une stratégie d’importations de gaz ou d’électricité. Selon l’association européenne des gestionnaires de réseaux de transport, une pénurie se dessinera aussi dans les pays actuellement exportateurs d’électricité durant les mois d’hiver. Déjà à partir de 2025, l’Allemagne et la France ne seront plus en mesure de fournir à la Suisse de l’électricité durant l’hiver.

2. Le Conseil fédéral part du principe que le problème du stockage saisonnier sera résolu au cours des prochaines années.

C’est un vœu pieux. L’innovation n’est pas sur commande. Le fait est qu’il n’existe pas de technologie adéquate pour le stockage saisonnier qui puisse être exploitée de manière économique à grande échelle.  On ne peut à l’heure actuelle pas encore dire quand des solutions aptes au marché seront prêtes.

Dans ce contexte, il est particulièrement inquiétant que la Stratégie énergétique n’incite pas davantage à investir dans le développement de cette technologie. A la place, elle subventionne entre autres l’énergie solaire par milliards ce qui augmente encore l’afflux estival d’électricité et entraîne l’hydraulique à sa perte.

Une avalanche de nouvelles

réglementations

3.La loi sur l’énergie comprend des objectifs ambitieux pour réduire la consommation d’énergie et d’électricité. La manière de les atteindre n’est toutefois pas encore claire. La loi sur l’énergie demande aux électeurs de décider à l’aveugle.

Seule une chose est sûre: la loi oblige le Conseil fédéral à devenir actif si ces objectifs ne sont pas atteints. Il en ressortira une avalanche de nouvelles réglementations et d’interdictions.

L’économie planifiée et la bureaucratie entraveront considérablement la place économique suisse et l’économie d’exportation. C’est particulièrement fâcheux car l’industrie suisse a montré qu’elle prend le thème de l’efficacité énergétique très au sérieux.

La loi sur l’énergie est remplie de contradictions et de vœux pieux. Elle pose les mauvaises priorités, donne lieu à une avalanche de réglementations et fait exploser les coûts. Elle manque clairement sa cible; raison pour laquelle elle mérite un NON le 21 mai 2017.n


 

 
 



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