Climat: la Suisse se soustrait à sa responsabilité

jeudi, 11.05.2017

Le Conseil fédéral minimise la hauteur attendue des contributions suisses. La balle est dans le camp du Parlement.

Jürg Staudenmann, responsable politique climatique chez Alliance Sud

Le rapport publié hier par le Conseil fédéral sur les contributions suisses au financement international du climat déçoit sur toute la ligne.

Il ne répond pas à la question de savoir comment la Suisse va, d’ici 2020, mobiliser environ 1.000 millions de francs additionnels par an selon le principe du pollueur – payeur.

En 2015, le Conseil national avait exhorté le Conseil fédéral, dans un postulat de commission (15.3798) à «présenter les contributions au financement international dans le domaine du climat à partir de 2020 que la Suisse pourrait être tenue de verser et les modalités de leur financement». Sur la base de l’empreinte climatique et de la puissance économique de la Suisse, d’ici 2020 des moyens additionnels à hauteur de plus de 1’000 millions de francs par an pourraient être attendus de notre pays.

De la poudre

aux yeux

Le financement du climat est un élément central de l’accord de Paris sur le climat de 2015.

Ce n’est qu’avec le soutien financier des pays de l’OCDE que les pays les plus pauvres et les plus touchés par le changement climatique pourront mettre urgemment en route les mesures nécessaires pour garder le réchauffement climatique global «clairement en-deçà de deux degrés Celsius» et s’adapter au changement climatique. Dans le rapport publié hier, le Conseil fédéral jette de la poudre aux yeux du Parlement. Il minimise la hauteur attendue des contributions suisses et il fait mine d’oublier que jusqu’à présent la Suisse n’a pas élaboré de solution acceptable.

«Le Conseil fédéral n’assume pas son rôle de leader», met en garde Jürg Staudenmann, expert climat d’Alliance Sud, ajoutant: «au lieu d’analyser des approches selon le principe du pollueur – payeur pour mobiliser de nouveaux moyens, il puise de plus en plus dans la caisse, en diminution, de la coopération au développement. Il y a cinq ans nous étions plus avancés!»

Déjà en 2011 le Conseil fédéral avait fait évaluer, dans un rapport interdépartemental, des possibilités pour la Suisse de mobiliser les moyens nécessaires selon le principe du pollueur - payeur.

Les six options examinées sont cependant restées secrètes jusqu’à fin 2016. Au lieu de cela, les contributions suisses au «Green Climate Fund» et à d’autres fonds, qui se chiffrent en millions, ont été puisées dans l’escarcelle de la Direction du développement et de la coopération (DDC) - sur le dos de la lutte contre la pauvreté. Alliance Sud s’est exprimée à ce sujet en décembre 2016.

Maintenant la balle est dans le camp du Parlement. Alliance Sud exhorte la commission de politique extérieure compétente à exiger du Conseil fédéral qu’il assume son rôle de leader et élabore d’autres options novatrices et porteuses d’avenir.n


 

 
 



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