Innovation régionale: un «shift» politique

mercredi, 10.05.2017

Des «leading houses» permettraient de créer des impulsions dans les cantons.

Xavier Comtesse, Mathématicien

De 1942 à 1954 se déroulèrent à New York les conférences Macy. La fine fleure américaine de la science, de la mathématique à l’économie, posèrent les bases de la cybernétique. Norbert Wiener en a été l’un des participants les plus célèbres. L’histoire a montré que leurs visions se sont avérées largement fondées.

La révolution que l’on nomme aujourd’hui «numérique» avait été ainsi anticipée par ces très brillants esprits. On parlait déjà de machine intelligente!

Ainsi à l’aune de la révolution industrielle 4.0, il faudrait encore les écouter. Et une chose est sûre, c’est qu’il croyait en la puissance de l’intelligence collective en réseau et non en «cluster». Chacun venait de loin (MIT, Stanford, CalTech,...) pour participer à ces réunions organisées une fois par an sur une période très courte de quelques jours. Le réseau était donc la chose la plus importante.

Aujourd’hui, on ferait bien de s’inspirer de leur méthode. Il voulait être une sorte de «leading» groupe qui avait comme but de créer des impulsions pour tous.

C’est exactement aujourd’hui ce que l’on devrait faire en Romandie pour aider nos entreprises, les pouvoirs publics mais aussi la population à réussir «notre» révolution culturelle vers le numérique.

Face à ce «tsunami» numérique qui se prépare, on pourrait imaginer que les chefs des départements cantonaux fassent leur propre conférence «Macy» et assignent une tâche de «leading house» à chaque canton. Par exemple: blockchain à Genève, réseaux sociaux à Fribourg, IoT à Neuchâtel, Deep Learning (IA) au Valais, Big Data aux vaudois et Industrie 4.0 aux jurassiens et au Jura bernois.

Comment cela pourrait marcher?

Tout simplement. D’abord, chaque canton aurait une seule responsabilité et permettrait aux entreprises et centres de recherche de toute la Romandie de se joindre à eux à travers le concept de «leading house» et ceci en fonction de leurs compétentes. Ainsi les principaux thèmes de la révolution numérique seraient abordés et un programme d’impulsion cantonal mettrait des moyens financiers à disposition des acteurs économiques et académiques de toute la Romandie. Par exemple, un million par an et par canton serait une somme d’impulsion suffisante car elle créerait forcément un effet de levier.

Ce type de programme d’impulsion, pour une innovation régionale vivante, ne viendrait pas contrer les financements fédéraux ou européens actuels mais serait en quelque sorte complémentaire. L’avantage d’un tel programme serait de créer un effort commun pour une innovation régionale cruciale à cette révolution économique et industrielle sans pareil. En effet, il faudrait vraiment remonter à la première révolution industrielle pour avoir une idée de l’amplitude de la transformation à venir!

De plus avec cette approche par les «leading houses», on éviterait une concentration trop forte des moyens sur la seule métropole lémanique. Ainsi, tout le monde donne et tout le monde reçoit.

Alors évidemment va se poser la question du financement d’un tel programme. Et là aussi la solution est toute simple. On prend l’argent actuellement dépensé «en vain» dans la promotion économique exogène. Cela non seulement ne rapporte plus (il y a de moins en moins d’entreprises étrangères qui se délocalisent en Romandie) mais ce n’est plus visionnaire du tout face aux défis des temps modernes du numérique. Donc, il suffit de changer de politique en passant à un soutien territorial endogène.

Le tour est joué. L’avenir numérique de la Romandie dépend vraiment de ce «shift» politique!n 


 

 
 



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