La redistribution des revenus facteur essentiel

mercredi, 10.05.2017

De multiples facteurs influencent l’instabilité des pays, l’importance de l’inégalité des revenus est aiguë.

Marie Owens Thomsen*

Il est toujours trop simpliste d’essayer d’expliquer des situations complexes avec seulement une variable. Néanmoins, si je devais choisir une seule raison à la montée du populisme, ce serait l’inégalité de la distribution des revenus.  En économie, cette distribution est mesurée par l’indice Gini (auquel cas le score se situe entre zéro et 100) ou le coefficient Gini (auquel cas le score est entre zéro et 1). Plus le score est élevé, plus les revenus sont inégaux dans leur distribution. Les pays qui ont la distribution des revenus la plus égalitaire ont donc un score bas.

Parmi les scores Gini les plus élevés on trouve le Brésil à 51.9 (indice Gini, CIA World Factbook) et le Mexique à 48.3. L’indice Gini de la Chine s’élève à 46.9 et celui de l’Arabie Saoudite à 45.8. Non loin se trouvent les Etats-Unis à 45.0. La moyenne de l’Union européenne est de 30.9. En Europe, l’indice Gini de la Suède et du Danemark se trouve juste en dessous de 25, et celui de la Slovénie est le meilleur de tous, à 23.7. L’Angleterre se situe au-dessus de la moyenne européenne, à 32.4.

Après ce tour d’horizon, il est remarquable de constater que la distribution des revenus aux Etats-Unis est plus proche de celle de l’Arabie Saoudite que de celle des Européens. Effectivement, en  la matière, les Etats-Unis ont effacé tous les progrès qu’ils avaient pu réaliser depuis les années 1930, et ils ont retrouvé le même niveau d’inégalité que celui observé pendant les années 1920. Encore une fois, de multiples facteurs influencent l’instabilité des pays, mais l’importance de l’inégalité des revenus est aigue. Marsh, une société qui se spécialise dans l’analyse des risques des pays, identifie dans le monde  seulement trois pays dont la notation est la plus sûre: la Norvège, la Suède, et la Suisse. Ces pays ont des indices Gini de 26.8, 24.9, et 28.7 respectivement - tous en dessous de la moyenne européenne, région qui affiche le meilleur score Gini dans le monde entier.

Sans vouloir exagérer l’écart de l’indice de l’Angleterre par rapport à la moyenne européenne , nous remarquons toutefois que le pays a un indice Gini supérieur à la moyenne, tandis que celui de la France est juste en dessous, à 30.1. En Autriche, l’indice est également en-dessous de la moyenne, à 29.2, et aux Pays-Bas il est de 25.1. Seule l’Espagne, à 35.9, brouille notre hypothèse selon laquelle les pays avec des indice Gini plus élevés ont tendance à exprimer d’avantage un vote populiste. Effectivement, les votations en 2016 et en 2017 en Espagne, Autriche et aux Pays-Bas ont toutes délivrées des résultats bien moins alarmistes qu’un vote anti-européen tant véhiculé par de nombreux commentateurs. Ainsi, nous concluons que le facteur «distribution des revenus» n’est pas toujours déterminant, mais qu’il reste un élément important qui protège, à la marge, le continent européen contre certains excès de populismes plus flagrants dans le monde anglo-saxon.

Au-delà des implications que cela peut avoir sur nos prévisions des résultats des élections en Europe, cette discussion nous montre que la priorité numéro un des gouvernements, surtout ceux en-dehors de l’Europe, devrait être d’améliorer la distribution des revenus dans leur pays. Il n’y a qu’une seule manière de le faire: la redistribution. Cette redistribution peut prendre des formes diverses et variées, mais au fond il s’agit toujours de taxer d’avantage les revenus plus élevés  et de remployer ces fonds en faveur des ménages plus fragiles. Hors, l’impact du budget proposé par l’administration Trump serait en toute probabilité d’aggraver l’inégalité. Les baisses d’impôts sur les revenus des sociétés, l’investissement, et sur les successions vont tous bénéficier aux segments de la population les plus fortunés.

Le Comité en faveur d’un budget fédéral responsable, un groupe non-partisan, estime que le budget proposé entrainera «en toute probabilité une importante cassure dans la distribution du code fiscal», et ce pour le pire.

Ainsi, politiquement parlant, si nous pensons que Monsieur Trump a été élu en parti en raison de l’inégalité des revenus dans son pays, et s’il arrive à modifier la fiscalité de telle manière à ce que la distribution des revenus devienne encore plus inégale, le vrai risque pour le pays pourrait être reporté à l’ère post-Trump. Le réveil risque d’être rude si nous pensons que tout retournera forcement à la normale une fois le mandat de Monsieur Trump terminé, dans quatre ou huit ans ou toute autre durée. Plus les inégalités se creusent, plus le populisme risque de s’installer et de se radicaliser. Sur notre continent, nous ne pouvons pas faire grand-chose pour les américains, outre montrer qu’une autre politique est possible. Fort heureusement,  notre continent est déjà très engagé dans cette voie. Pourvu que cela dure..
* Marie Owens Thomsen

Global Head of Economic Research Indosuez Wealth Management


 

 
 



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