Hausse spectaculaire des flux de GNL chez Trafigura

mardi, 09.05.2017

Les volumes négociés de gaz naturel liquéfié du groupe ont plus que doublé en 2015 et se sont accrus de 53% en 2016.

Nicolette de Joncaire

Hadi Hallouche. Le marché du GNL subit une triple révolution.

Avec l’essor des hubs gaziers, la présence des négociants en matières premières sur le GNL est de plus en plus sensible. Trafigura a plus que doublé les volumes négociés en 2015 et les a encore accrus de 53% en 2016. Les explications de Hadi Hallouche, responsable du trading du GNL du groupe.

Le marché du GNL a cru rapidement mais les volumes négociés par Trafiguraont cru plus vite encore. Pour quelles raisons?

Sur un nouveau marché, un trader se doit de croitre plus rapidement que la moyenne, ne serait-ce que pour démontrer sa valeur. C’est en début de cycle que les opportunités existent et que les négociants doivent les saisir. Ce n’est pas propre à notre société et nos concurrents en font autant. Il est d’ailleurs très sain que la compétition soit forte car elle contribue à la diversification et donc à la démocratisation du marché. N’oubliez pas non plus que les volumes échangés augmentent plus vite que la production car le même cargo peut être négocié plusieurs fois.

Malgré la baisse des prix?

Comme tous les traders, Trafigura est agnostique aux variations de prix. Que le marché soit en excédent ou en déficit, que les prix montent ou baissent, l’ouverture des marchés du GNL offre aux négociants de nouvelles opportunités.

Avec quels partenaires travaillez-vous?

Tant au niveau des fournisseurs que des clients, nous essayons de diversifier le plus possible avec toutefois un préjugé positif envers les marchés émergents dont la croissance attendue est la plus forte tels le Pakistan, l’Egypte ou l’Argentine. Ce sont des marchés difficiles qui requièrent davantage d’expérience et une bonne implantation internationale, deux éléments que nous maitrisons et qui nous autorisent à prendre des risques que d’autres ne peuvent se permettre. C’est d’ailleurs le modèle que nous appliquons à tous nos produits.

Et l’Europe?

L’Europe va devenir un acteur très important. Elle est déjà très bien approvisionnée par la Russie, l’Algérie et la Norvège mais c’est un marché très liquide et très compétitif qui peut absorber plus de gaz qu’il ne le fait aujourd’hui. En fait, j’estime que le GNL est une aubaine pour l’Europe.

Est-ce la raison pour laquelle vous avez décidé d’investir dans le terminal de Teesside en Grande-Bretagne?

Sans aucun doute. Ce terminal vise les marchés UK et de l’Europe du Nord-Ouest, les deux étant très bien connectés. De manière plus générale, nous sommes très présents sur les infrastructures – terminaux de stockage ou unités flottantes de stockage et de regazéification – qui permettent de lever les goulets d’étranglement et les synergies avec nos autres activités.

Combien investirez-vous à Teesside et pour quelle capacité?

L’investissement prévu est de l’ordre de 30 millions de dollars. La capacité nominale de l’installation est de 4 millions de tonnes par an (soit 6 milliards de m3) mais nous ne dévoilerons nos objectifs réels que plus tard.

Il y a quelques semaines, vous avez proposé un contrat-cadre pour la vente et l’achat de GNL à l’occasion de la conférence Gastech au Japon. Qu’en attendez-vous?

Les normes sont encore très insuffisantes dans le négoce du GNL et ces lacunes freinent l’efficience et la transparence des échanges. Nous n’avons pas la prétention de croire que notre Master Agreement sera utilisé par tous mais estimons qu’il est nécessaire de nous positionner dans ce domaine. A l’heure actuelle, les contrats sont rédigés au coup par coup ce qui occasionne des coûts et des délais inutiles. Le GNL a besoin de standardisation des conditions d’échange et notre contrat-cadre est une proposition dans ce sens. Un travail en cours qui demandera à être revu et amélioré mais qui vise à éliminer le risque contractuel.

Les dérivés sur le GNL sont encore très limités. Anticipez-vous un développement de ces instruments?

Effectivement ces instruments sont encore très peu présents. Le marché du GNL non soumis à des contrats à long est actuellement de l’ordre de 25 à 30% et devrait, selon nos estimations, s’élever à 50% d’ici deux ans. La diminution de la part des contrats à long terme exigera un élan des dérivés de couverture des prix. Le GNL suivra les mêmes grandes tendances que les autres produits.

Le marché mondial du gaz naturel liquéfié est en plein essor

Le marché du gaz naturel liquéfié a connu récemment un boom phénoménal avec une augmentation des échanges internationaux de 5% en 2016 à 258 millions de tonnes*. Longtemps basé sur des contrats à long terme entre sociétés étatiques ou entre majors pétroliers, le GNL se démocratise par le biais de transactions sur les hubs gaziers.

Quels ont été les moteurs de l’élan du marché négocié du GNL?

Le marché du GNL est en train de subir une triple révolution. La première est due à l’essor du gaz de schiste en provenance des Etats-Unis. D’importateur, les USA deviendront le deuxième exportateur mondial et la perception actuelle est que l’offre de GNL est excédentaire. Le deuxième aspect est la libéralisation des échanges de GNL et l’arrivée de nouveaux acteurs. Des contrats à long terme conclus entre pays ou majors, ces échanges ont évolué vers une multitude de nouveaux participants grâce à un abaissement des barrières à l’entrée, avec pour résultat une liquidité supérieure et une plus grande transparence, en particulier sur les prix. D’ici cinq ans, les contrats à long terme ne seront plus la norme et le marché du GNL sera plus proche de celui du pétrole ou des métaux. Enfin, même si leur essor a déjà quelques années, le développement des unités flottantes de stockage et de regazéification (FSRU) est la clé de la croissance des nouveaux marchés du gaz naturel liquéfié. Auparavant, tout acheteur de GNL devait investir dans une usine de regazéification à terre d’une valeur de 300 à 500 millions de dollars. Aujourd’hui, il lui est possible d’affréter un FSRU pour la durée qui lui convient, à un coût très inférieur. Sans les FSRU, des pays comme le Pakistan, l’Egypte, la Lithuanie ou l’Argentine n’aurait pas pu se permettre d’aborder le GNL. Comme, par ailleurs, il devient de plus en plus aisé de convertir un navire en FSRU, le potentiel croit continuellement.

Où se trouve la croissance de la demande de GNL?

Les grands acheteurs traditionnels (Japon, Corée du Sud, Taiwan) demeureront des acteurs prédominants mais c’est de Chine, d’Inde, du Pakistan et d’Amérique du Sud que viendra la croissance future. D’Afrique aussi pour les besoins en électricité. Attention toutefois, les causes de cette croissance diffèrent d’un pays à l’autre. Si l’augmentation de la demande en Chine ou en Inde vient de leur croissance économique, celle du Pakistan vient de l’épuisement de ses ressources ce qui est aussi le cas de l’Egypte. Au Panama, au Brésil ou au Chili, la demande vient en complément de l’usage des renouvelables et de l’intermittence qu’ils créent. Chaque cas répond à une problématique différente qui exige des solutions personnalisées.

D’aucuns estiment que le risque de crédit s’est détérioré. Est-ce le cas?

Du côté des acheteurs, les participants traditionnels (Japon, Corée du Sud), détenteurs de gros portefeuilles, restent peu sensibles au prix et le risque qui leur est associé ne s’est pas modifié. Par contre, les nouveaux arrivés sont plus vulnérables aux variations de prix et le risque de crédit qui leur est attaché est d’autant plus important que la durée du contrat est longue. Du côté des producteurs, les investissements restent considérables et sont souvent retardés. Si les banques insistent pour n’avancer des fonds qu’aux projets dotés de contrats à long terme avec des acheteurs notés Investment Grade et avec des prix indexés sur les prix de pétrole, elles peuvent contraindre la croissance de la production au point où l’excédent pourrait se métamorphoser en déficit. – (NJN)

* Source Union Internationale du gaz – rapport 2017


 

 
 

 
 
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