Donald Trump et la Suisse

mardi, 09.05.2017

Le président s’est montré nettement moins agressif que prévu dans le lancement de mesures protectionnistes.

Philippe G. Müller*

Les 100 premiers jours de l’administration Trump aux Etats-Unis étant écoulés, l’heure est venue de se demander ce que le nouveau gouvernement a changé pour l’économie suisse. Le président Donald Trump a entamé son mandat par un véritable feu d’artifice d’«executive orders», ces ordonnances qu’un président américain peut promulguer dans différents domaines politiques.

S’agissant du commerce extérieur, particulièrement important pour la Suisse, Donald Trump avait annoncé, pendant sa campagne, une approche agressive à l’encontre de toute nation avec laquelle les Etats-Unis affichaient un déficit très élevé de la balance commerciale.

Le nouveau président américain voulait notamment, dès sa prise de fonction, stigmatiser la Chine comme«manipulateur monétaire». Le gouvernement américain a toutefois renoncé depuis à cette première mesure, au profit de l’introduction de surtaxes sur les importations.

Rattrapé par la réalité

politique

La Chine figurait pourtant toujours dans un rapport publié mi-avril sur tous les Etats considérés par les Etats-Unis comme des manipulateurs monétaires, alors que , depuis le milieu de l’année 2014, le pays a remis sur le marché quelque 1000 milliards d’USD de ses propres réserves de devises afin de contrer une nouvelle dévaluation du renminbi. La Suisse apparaît , elle aussi, toujours comme un Etat suspect aux yeux du gouvernement américain.

Pour le reste, Donald Trump s’est montré nettement moins agressif dans le lancement de mesures protectionnistes que ce que l’on pouvait craindre au moment de sa prise de fonction. S’agissant de la politique extérieure, l’administration Trump a, là aussi, effectué un virage manifeste par rapport à sa rhétorique de campagne, marquée par l’isolationnisme et par le retrait des engagements internationaux.

En attaquant directement le nord de la Syrie après l’offensive au gaz toxique  début avril et en menaçant récemment la Corée du Nord, le gouvernement des Etats-Unis se montre prêt à influencer les événements sur la scène internationale. Globalement, Donald Trump montre ainsi de plus en plus qu’il est rattrapé par la réalité politique et s’affiche plus engagé, ou moins protectionniste que prévu en termes de politique extérieure.

Pour l’économie suisse, il est également important de savoir ce que les Etats-Unis décideront en matière de réforme de l’imposition des entreprises. Dans ce domaine, Donald Trump a présenté il y a quelques jours les grands lignes de son projet politique le plus important.

Le taux d’imposition des entreprises doit être réduit, de 35% actuellement, à 15%.

Parallèlement, bon nombre des déductions actuelles, qui compliquent le système fiscal américain, doivent disparaître.

Toutefois, on peut se demander si, eu égard aux pertes fiscales élevées prévisibles qui découleraient d’une baisse si drastique des impôts, le taux peut véritablement être abaissé à 15%. Le Chief Investment Office d’UBS pense qu’une réduction aux alentours de 25% est plus probable.

Quelle que soit la teneur du paquet fiscal après consultation du Congrès, il ne fait pas de doute que la concurrence fiscale internationale sera clairement plus forte au cours des prochaines années, du fait de l’évolution aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne après le Brexit.

Les décideurs suisses ont donc raison de veiller à ce que le régime fiscal des entreprises en Suisse soit remis au goût du jour dans les meilleurs délais et qu’il soit aussi compétitif que possible à l’échelle internationale.
* Economiste responsable pour la Suisse romande,  Chief Investment Office d’UBS


 

 
 



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