Le début de la dépendance aux assistants digitaux

lundi, 08.05.2017

Des robots tels qu’Alexa d’Amazon facilitent la consommation en ligne mais aussi la limitent.

Véronique Kämpfen

Commander des habits, des objets connectés, des produits de beauté, de la literie, des livres, etc. en ligne, quoi de plus simple? En quelques clics, ou après quelques pressions sur les touches de son téléphone mobile, et à la condition d’être titulaire d’une carte de crédit suffisamment remplie, tout est possible. Malgré la quasi immédiateté du geste d’achat, il faut tout de même se connecter à une plateforme en ligne, choisir l’objet convoité et faire les démarches nécessaires. Amazon a trouvé la parade à ce problème. Elle s’appelle Alexa. Une sorte de console avec laquelle on peut parler et qui répond. On peut ainsi lui demander d’acheter des chaussures ou d’énoncer les prévisions météorologiques. Elle s’occupe de tout.

La démocratisation de ce type de terminal représente une difficulté supplémentaire pour les producteurs et distributeurs de biens et de services en tout genre. En effet, Alexa (et d’autres logiciels similaires) ne peut agir qu’en fonction de ce qu’elle connaît. Tout le défi consiste ainsi à séduire la machine et non plus seulement le consommateur. Amazon a anticipé cette demande en permettant aux entreprises d’acheter un programme, appelé Alexa Skills, inséré dans la machine, qui prendra en compte ces nouvelles données. Les transports publics de Berlin ont par exemple franchi le pas, afin qu’Alexa puisse informer ses utilisateurs des horaires des bus et des métros.

Le problème de ce type d’évolution est double. L’humain étant par essence paresseux, il sera tout content d’avoir trouvé une solution pratique à certaines de ses demandes, sans toutefois se rendre compte que son univers rétrécit. Il ne sera plus informé que des choses que connaît la machine et donc, par extension, que connaissent les grands acteurs du web qui développent ce type de technologies. Du côté des entreprises, la tâche devient également ardue, puisqu’elles n’auront plus connaissance du comportement d’achat des clients. Ces informations seront verrouillées par les concepteurs de ces logiciels.

En termes de sphère privée, l’utilisation constante d’Alexa et consorts pose aussi un problème. Pour que le système fonctionne et soit réellement utile, il doit être allumé en tout temps, ce qui signifie que la vie de ses propriétaires est enregistrée en permanence. Mais cela n’a pas l’air de gêner ses utilisateurs, qui, sur Amazon, chantent les louanges d’Alexa, allant jusqu’à l’introniser «conjoint parfait».

Ce n’est que le début de notre dépendance aux assistants digitaux: les grandes marques de voiture entendent bien embarquer ces logiciels dans leurs véhicules.

Cette évolution fait penser à la démocratisation du GPS. Autrefois, nous avions dans les voitures des cartes routières, dont nous nous servions avec plus ou moins de bonheur. Parfois perdus, nous étions obligés de nous adresser à des quidams sur le bord de la route pour demander notre chemin, souvent dans une langue que nous ne maîtrisions pas, ce qui donnait lieu à des situations mémorables.

L’avantage, c’est que nous avions une idée relativement précise de l’endroit où nous étions par rapport à d’autres lieux et points d’intérêt. Avec le GPS, cette notion a complètement disparu. La machine nous dictant notre chemin, nous ne savons parfois même plus si nous allons au nord ou au sud, ni même s’il n’y aurait pas un petit village intéressant à visiter juste à côté de la route que nous suivons. Le GPS a tué la route buissonnière, nous privant d’un certain libre arbitre.

Alexa, en facilitant davantage les achats par internet, contribuera à réduire les errances jouissives des consommateurs de boutique en boutique leur permettant de découvrir des marques et des adresses dont ils ignoraient l’existence. Un progrès?


 

 
 



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