Le début de la vraie décantation de l’horlogerie

jeudi, 04.05.2017

Stéphane Gachet

C’est quand la marée se retire que l’on voit qui est nu, mais c’est quand la marée monte que l’on voit qui est encore capable de nager. L’industrie horlogère est proche du grand test, dans un contexte apparemment plus détendu depuis la publication des statistiques d’exportation du mois de mars. A prendre avec beaucoup de recul: certes, en hausse pour la première fois après 28 mois de recul, mais profitant d’un effet de base excessivement positif, puisque le mois de mars 2016 avait marqué un record négatif à -16%. Néanmoins, les statistiques donnent enfin un peu de crédit aux déclarations des dirigeants de grands groupes ou grandes marques, qui affirment depuis des mois que la demande se reprend. Le marché financier commence à y croire aussi. Swatch Group, comme Richemont, affichent une montée de l’ordre de 25% depuis janvier. La perspective de la publication annuelle de Richemont, le 12 mai, retend encore les vues positives et les attentes, comme en attestent plusieurs notes de recherche récentes, Vontobel, UBS, Morgan Stanley, Barclays, etc.  De manière quasiment unanime, le négoce replace les titres luxe à l’achat et commencent à revaloriser l’horlogerie. A juste titre, puisque les statistiques de mars démontrent que les canaux de distribution commencent enfin à désengorger, même si les surstocks sont encore loin d’être épongés. Avec un potentiel d’amélioration considérable si l’on en croit les taux de croissance avancés par certains dirigeants, dont Jean-Claude Biver (LVMH) qui annonce depuis des mois du deux digits sur Tag Heuer et Hublot.

Le secteur n’est pourtant pas pris d’une vague d’optimisme et le réveil ne sonnera pas pour tout le monde. Les statistiques douanières donnent en réalité la preuve accablante que la majorité des fabricants sont toujours en zone négative. Si le top 10 des marques horlogères atteint bel et bien le niveau de croissance annoncé, en toute logique, cela signifie que les suiveurs sont toujours massivement  en sous-performance, -15%, -20%, -30%, voire pire. Pour ces derniers, qui constituent l’écrasante majorité des centaines de marques actives en Suisse, il faudra une reprise autrement plus solide et globale pour retrouver leur seuil de croissance et pour beaucoup leur seuil de rentabilité. D’autant plus difficile à atteindre que  ni la structure de l’industrie (surtout en raison de la verticalisation de la distribution), ni la perspective d’une croissance globale limitée n’ouvre d’autre perspective qu’une immense prime aux vainqueurs.


 

 
 



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