Nos entreprises ne sont pas des «placements alternatifs»

mercredi, 03.05.2017

Fathi Derder

Les Suisses sont les rois de l’épargne. Des centaines de milliards de francs dorment profondément, toutes les nuits en Suisse... et s’évaporent au matin dans l’instabilité ambiante. Ces milliards seraient pourtant utiles. Ils pourraient être investis dans des entreprises suisses, par exemple, des entreprises créatrices d’emplois et de prospérité. Mais non. Rien, ou presque. Pour les caisses de pension, par exemple, la part de private equity est très faible, le capital-risque est quasi nul. Alors qu’il génère de confortables rendements pour les fonds de pension américains. Cherchez l’erreur.

C’est l’étrange paradoxe de notre pays. L’argent est là. Nos caisses ont besoin de rendement, et nos entreprises ont besoin d’investissements. Mais rien ne bouge : les institutions de prévoyance continuent de privilégier des placements considérés comme sûrs, comme les dettes publiques ou les actions. Résultat : leur rendement s’effondre. Au point de menacer l’ensemble du système. Et rien ne bouge. Malgré la volonté politique, l’engagement de Conseillers fédéraux, de parlementaires, ou les rapports plus ou moins encourageants de banques (lire en page 4).    

Il faut dire que la situation des caisses n’est pas simple. Les règles de placement sont très contraignantes, et le climat suspicieux sur tout placement alternatif. Il faut commencer par assouplir le cadre réglementaire, notamment le plafond de 15% de placements alternatifs. Mais les caisses devraient investir massivement, pour diversifier les risques, et durablement. Or, elles n’en ont pas les moyens, et n’ont aucun véhicule à disposition. Il faut donc l’engagement d’autres acteurs. Une initiative privée, par exemple, la création d’un fonds de fonds pour le tissu économique local. Bonne nouvelle : plusieurs initiatives sont sur la table, dont le « Fonds suisse pour l’avenir », présidé par le soussigné. Nous travaillons avec les caisses, comme hier à Berne, avec un objectif commun: l’argent gagné en Suisse doit être investi pour les générations futures. Consolider nos retraites, tout en investissant pour nos enfants.

Aidons les caisses de pensions. Assouplissons les règles, allégeons les contraintes de placement. En commençant par un geste symbolique fort: sortons les sociétés non cotées de la catégorie « placements alternatifs ». Car le problème, au fond, ce n’est pas les 15%, mais le fait qu’on considère nos PME comme un placement «alternatif».    

Les entrepreneurs ne sont pas des produits alternatifs. Ils sont le moteur de notre société.






 
 

AGEFI



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