Macron: le bel isolement d’un outsider

mardi, 25.04.2017

François Schaller

Les innombrables réactions de plus en plus impatientes dans le monde suite au premier tour de l’interminable élection présidentielle en France suggèrent lourdement que les jeux sont faits. Enfin. Alors procédons comme si c’était le cas et posons d’emblée la question la plus terre à terre: est-ce une bonne nouvelle pour la Suisse?

Certainement. On peut supposer que Macron aura moins, ou d’autres préjugés, qu’il pourrait être porteur d’une sorte de révolution libérale à la française. Libérale de gauche pourquoi pas, dans la lignée d’un Schroeder en Allemagne. Si ce libéralisme pouvait enfin libérer davantage l’énorme potentiel industriel de la France en lui donnant une vraie puissance d’attraction, investissements directs et ressources humaines en particulier, la Suisse en bénéficierait assez vite. Les échanges aiment les partenaires commerciaux  entreprenants et ambitieux.    

Macron veut refonder l’Europe franco-allemande? Bonne nouvelle également. En attendant de savoir avec qui, de Merkel ou de Schulz, on peut déjà rêver d’une Union Européenne qui retrouverait son unité et son moral des grandes périodes. Rien de tel pour qu’elle redevienne raisonnable et pragmatique avec ses voisins les plus proches, Royaume-Uni et Suisse  (la Russie et la Turquie sont une autre affaire). En admettant par exemple qu’ils puissent ne pas adhérer à la libre circulation des personnes, comme sur la totalité de la planète hors UE, sans devoir renoncer à des libertés commerciales dont on proclame depuis si longtemps qu’elles bénéficient à tout le monde.

Cela dit, il suffit d’entendre ce qui se raconte en France depuis hier, dans le but sans doute de se faire peur et de mobiliser, pour se rendre compte que la victoire de Macron n’est pas tout à fait acquise. Le danger s’appelle abstention. Il ne sera pas nécessaire de se haïr à vie en s’abaissant à voter Le Pen pour se venger de Macron. Il suffira de partir en week-end prolongé sans voter du tout.

Les raisons plus ou moins rationnelles de ne pas soutenir ce jeune outsider, dont le résultat rapide a tellement humilié les grands partis traditionnels, ne manqueront ni à gauche ni à droite. Et pourquoi les adeptes d’un Mélenchon (près de 20% des voix), qui exècrent socialisme et libéralisme, voteraient-ils pour un ancien conseiller, puis ministre de Hollande, dont l’élection au premier tour a aussitôt orienté les marchés financiers vers le haut? Une victoire du Front national serait en plus une brèche inespérée dans le «système», dont ils devraient bénéficier à leur tour par la suite.

Cet isolement magnifique de Macron, que l’expérimenté Hollande avait publiquement identifié le jour même de la création d’En Marche, se retrouvera dans tous les cas lors du troisième tour en juin. Les élections législatives. La France n’est pas un régime si présidentiel. Elle ne se gouverne pas durablement sans majorités parlementaires. C’est peu dire que l’on ne voit pas très bien à ce stade où les deux finalistes les trouveront.

La mauvaise nouvelle, c’est que 2017 restera peut-être comme le début d’une période d’instabilité politique en France.n






 
 

AGEFI



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