Faillite de la politique extérieure de l’UE

jeudi, 20.04.2017

1/2 L’Europe a beaucoup perdu de sa crédibilité et devient un intervenant de second plan dans le monde.

Jean-Daniel Clavel Clavel Consulting

Ces dernières années, les différentiels économiques et socio-culturels, nationaux et internationaux, se sont élargis, les flux migratoires sont devenus ingérables, les antagonismes religieux sont réapparus et la violence a fait irruption dans les relations internationales avec la multiplication des actes terroristes et les provocations de la part de chefs d’Etat. Témoin les actions et propos des deux  figures agressives et provocatrices que sont le nord-coréen Kim Jong Un et le turc Erdogan. La coopération entre Etats ne fonctionne plus comme par le passé, la force prime sur le droit, les Etats «voyous» prennent le dessus.

Manifestement, l’Europe a beaucoup perdu de sa crédibilité et devient un acteur de second plan sur la scène internationale:  la responsabilité de cette dégradation incombe aux acteurs-clés de l’UE, les instances dirigeantes de l’UE ainsi que les gouvernements allemands et français qui n’ont pas su anticiper puis gérer l’impact de la politique commerciale intrusive de Beijing, les conséquences des déséquilibres démographiques, le poids croissant des multinationales qui poursuivent des objectifs trop souvent contraires à ceux des entités publiques, l’échec des politiques d’aide au développement ainsi que les retombées des régimes dictatoriaux sur les fragiles équilibres régionaux.

Si l’intervention militaire en Afghanistan, en Irak et en Lybie était une erreur, il était par contre impératif de neutraliser le président syrien Bachar Al Assad dès le début de la guerre civile et de s’attaquer dans un même temps au problème de l’EI: pour des raisons tant humanitaires que stratégiques.

L’immobilisme de l’UE a permis à Moscou d’organiser son soutien au président Bachar Al Assad, de développer ses relations avec l’Iran et la Turquie et de s’installer durablement en Syrie et au Proche-Orient. Le Proche-Orient tombe ainsi dans la zone d’influence russo-iranienne et n’est pas prêt d’en sortir. Ensuite, l’UE va se mettre à table avec le dictateur syrien, peut-être le plus grand chef d’Etat criminel après … Hitler. Elle va même participer à la reconstruction de la Syrie (octroi d’un premier crédit de 6 milliards d’euros) toujours présidée par le président Bachar Al Assad! Un président qui utilise même le gaz sarin contre des civils syriens! Comment l’UE peut-elle accepter une telle situation?

En outre, l’UE s’est laissée prendre en otage par le président turc Erdogan qui a bien compris qu’il avait carte blanche ou presque. Il ose même  qualifier de «nazis» les comportements  des autorités allemandes et néerlandaises qui ont refusé à juste titre la tenue de meetings politiques turcs officiels sur leur territoire.  Le président turc a aussi appelé les Turcs émigrés en Europe à «faire cinq enfants et pas trois» pour «répondre aux discriminations» dont ils seraient victimes, leur ayant demandé de voter en faveur du renforcement de ses pouvoirs lors du référendum du 16 avril en guise de riposte à l’Europe «anti-turque et anti-islamique».

Cet appel est une incitation à peine masquée à la colonisation par les musulmans du continent européen: un appel que la chancelière Merkel n’a certainement pas compris  ou ne veut pas comprendre. On imagine facilement revivre l’expansion de l’empire ottoman au Moyen-Age. En tout cas, le comportement du dictateur turc est un avertissement salutaire pour l’Europe: il prouve que la Turquie n’est pas un partenaire fiable et n’a pas sa place dans l’UE ou toute autre institution européenne.

Le laisser-aller du gouvernement français - le ministre turc des AE a pu tenir sa réunion politique à Metz - est une erreur stratégique grave: Paris n’a pas encore compris que laïcité et islam à la sauce ottomane étaient incompatibles. Aveuglé par sa fierté et pris à son propre piège, le président Erdogan voudra-t-il que la Turquie sorte de l’OTAN?

Par ailleurs, on attire les réfugiés potentiels de la zone des combats en leur offrant accueil, soutien économique et travail, pour ensuite se rendre compte que la tâche est simplement insurmontable. Cette stratégie de soutien aux migrations (une forme de brain drain) appauvrit durablement la Syrie et les régions limitrophes. Ces pays auront besoin de trois générations au moins pour sortir de leurs ruines physiques et psychiques.

Le Proche-Orient va rester durablement un foyer idéal pour la gestation de mouvements djihadistes.

L’UE est à ce jour incapable d’empoigner à la racine le problème des migrations en provenance du continent africain; pourtant les prévisions des institutions internationales sont très préoccupantes, qui annoncent des flux migratoires de plusieurs millions de personnes ces prochaines années. Un rapport confidentiel des autorités allemandes ferait même état de près de 6 millions de futurs migrants prêts à traverser la Méditerranée. Cette explosion des migrations en provenance d’Afrique résulte de la conjonction de plusieurs facteurs.

D’abord, l’une des causes premières du sous-développement de plusieurs économies nationales africaines est le maintien au pouvoir de régimes dictatoriaux qui confisquent démocratie et richesse de la société civile, entravent le développement socio-économique ou font preuve trop souvent, et depuis longtemps d’une grave incompétence économique.

Ensuite, la globalisation des marchés, de la finance, des communications, des technologies et dans une certaine mesure de l’emploi conduit inévitablement à la globalisation des problèmes politiques, donc des menaces découlant des dictatures. Cette dimension de la globalisation a trop longtemps été négligée et devra être ouvertement abordée par tous les gouvernements - africains et européens. La dictature qui maltraite sa population et la condamne à émigrer massivement ne viole-t-elle pas la souveraineté de ses voisins? (A suivre)


 

 
 



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