Un quart de la population a moins de quinze ans

mercredi, 19.04.2017

Et pourtant les jeunes n’exercent pas l’influence politique que permettrait leur nombre.

Marie Owens Thomsen Global Head of Economic Research Indosuez Wealth Management

En l’an 2017, la population mondiale s’élève à 7500 millions de personnes sur terre. Un quart de la population a moins de 15 ans. Un autre quart a entre 15 et 29 ans. Si l’on inclut la tranche d’âge des 30 à 34 ans, les personnes ayant moins de 35 ans représentent près de 58% de la population mondiale.

Il serait logique pour les plus âgés (et je m’inclus) de penser que l’avenir est alors assuré, étant donné cette masse de personnes qui pourra veiller sur nous. Pourtant, la population des seniors de ce monde s’occupent fort mal de son assurance vieillesse.

La première illustration de cette réalité est bien sûr le taux de chômage des jeunes (entre 15-24 ans). La crise de 2008 l’avait fait fortement grimper, puis son niveau avait néanmoins reculé en 2013-2015 grâce à l’amélioration du cycle économique. Il est alors difficile de comprendre pourquoi le chômage des jeunes est encore reparti à la hausse à partir de 2016, selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT). Cette dernière estime que 13.1% des jeunes dans le monde sont au chômage cette année, un taux qui représente 71 millions de personnes.

L’Europe souffre particulièrement, avec des taux de chômage des jeunes au-dessus de 40% en Grèce et Espagne, dépassant 30% à Chypre et en Italie, et un taux moyen de 19.4% dans la zone euro (février 2017). Il faut se tourner vers le Moyen-Orient pour trouver des taux de chômage des jeunes encore plus élevés qu’en Europe: près de 30% en moyenne en 2015. L’Asie s’en sort mieux avec un taux qui se trouve toutefois proche de 11%. Ces jeunes risquent de ne jamais pouvoir réaliser leur plein potentiel et leur productivité sera en toute probabilité tronquée. Quel gâchis, et quelle insouciance - tout comme si l’on jetait par la fenêtre ces pourcentages de notre épargne-retraite. Les jeunes qui travaillent pourraient peut-être compenser ceux qui sont au chômage, à condition de délivrer une productivité supérieure – chose à ne pas exclure si d’avantage de jeunes obtiennent des diplômes scolaires et universitaires. L’Organisation de la Coopération et du Développement Economique (OCDE) compare les populations ayant fait des études supérieures en 2015. L’étude est pertinente car plus les jeunes se forment en taux absolu et en relatif par rapport aux anciennes générations, plus la productivité future du pays pourrait augmenter, a priori.

Les pays-membres de l’OCDE ont en moyenne environ 40% des jeunes (25-34 ans) qui bénéficient des études supérieures, tandis que seul quelque 25% des personnes âgés de 55 à 64 ans ont fait ce genre d’études. Ainsi, en moyenne une amélioration intergénérationnelle d’environ 15 points de pourcentage.

Pays par pays, par contre, le relief est aussi déchiqueté que nos chères Alpes. Pire de tous, Israël affiche une génération de jeunes moins bien éduquée que les plus anciennes. Les pays avec l’écart entre générations le plus faible sont les Etats-Unis, la Finlande, l’Estonie, et l’Allemagne, tous ne réalisant pas plus de 5 points de pourcentage d’avance pour les jeunes. De l’autre côté du spectre, la Corée du Sud est de loin la championne avec une avance de plus de 50 points de pourcentage pour les jeunes. Certains pays de l’Europe de l’Est affichent des fortes progressions,  ainsi la Grèce, par exemple, avec des amélioration de l’ordre de 20-30 points de pourcentages. Les pays avec les populations de jeunes les mieux formés en absolu sont la Corée du Sud avec 69%, suivi par le Japon à 60%, et le Canada à 59%. Les Etats-Unis se trouvent plus bas dans le classement avec 46% mais toujours supérieur à la moyenne de l’OCDE à 42%. L’Allemagne, par contre, se situe loin au-dessous de la moyenne avec 30% des jeunes ayant reçu une éducation supérieure.

Certes, nous avons le devoir de tirer le meilleur de nos jeunes afin  d’améliorer notre futur à tous, mais les jeunes, de leur côté, devraient se soucier d’avantage de leur propre avenir. Aux Etats-Unis , les jeunes entre 18-35 ans sont maintenant aussi nombreux que la génération «baby-boom», c’est à dire environ 30% de la population.

Pourtant, les jeunes n’exercent pas l’influence que leur permettrait leur nombre. Ils n’ont participé à l’élection présidentielle américaine qu’à hauteur de 50% contre près de 70% pour les «boomers». Ces derniers chiffres représentent peut-être la partie la plus triste de cette histoire, car tant que les jeunes ne s’engagent pas dans la vie politique à hauteur de leur puissance de frappe potentielle, les plus anciens vont très probablement continuer à gaspiller la source de croissance qu’est cette jeunesse en les excluant des programmes politiques. Rappelons-nous que 75% des jeunes anglais votaient pour rester dans l’Union européenne en juin 2016, et 55% des jeunes optaient pour Mme Clinton lors de l’élection présidentielle américaine en novembre 2016. Les sondages suggèrent que les jeunes français par contre, collent  à l’opinion de leurs aînés. La France serait alors une exception où les jeunes pourraient se permettre un certain désengagement sachant que les aïeux vont défendre leurs intérêts communs - comme le suggère déjà si bien le taux de chômage des jeunes en France qui frôle les 24%...


 

 
 



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