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Plébiscite pour la voie bilatérale

mardi, 18.04.2017

UE. Les entreprises ne veulent pas que la politique prenne le risque d’une sortie brutale de la Suisse du bilatéralisme

Philippe G. Müller*

Depuis quelques semaines, les choses semblent bouger à nouveau dans les négociations bilatérales entre la Suisse et l’Union européenne (UE), qui étaient au point mort depuis l’adoption de l’initiative contre l’immigration de masse. A la fin de l’année dernière, le Parlement suisse a inscrit dans la loi une mise en œuvre extrêmement pragmatique de l’initiative contre l’immigration en introduisant la notion de «préférence nationale light». L’UE semble considérer que cette loi est compatible avec l’accord sur la libre circulation des personnes, ce qui a aplani la voie pour une amélioration des relations.

Les sujets de controverse ne manquent toutefois pas en matière de politique européenne. Avec l’initiative «Sortons de l’impasse», l’initiative sur l’autodétermination ainsi que, potentiellement, une initiative exigeant la résiliation de l’accord sur la libre circulation des personnes, toute une série de décisions de principe nous attendent dans le domaine de la politique européenne.

Il s’agit de savoir si la «voie bilatérale» suivie jusqu’à présent avec succès par la Suisse en Europe doit prendre fin de manière abrupte, rester en l’état ou être renforcée. Dans ce contexte, le Chief Investment Office (CIO) d’UBS a interrogé pour sa publication trimestrielle «UBS Outlook Suisse», 2500 entreprises suisses afin de connaître leur évaluation des récentes évolutions dans l’UE, leur avis sur les accords bilatéraux et la façon dont elles voient l’avenir.

Disons-le tout de suite, les dirigeants des PME suisses comme ceux des nombreuses grandes entreprises interrogées considèrent que l’UE traverse une grave crise. Ils pensent même qu’après le Brexit, d’autres membres de l’UE vont sortir de la communauté.

Les résultats de l’enquête montrent aussi que les entreprises suisses jugent le choix fait jusqu’à présent par la Suisse de conclure une série d’accords bilatéraux avec l’UE comme un modèle de réussite. Elles indiquent également par là qu’elles ne veulent pas que la politique prenne le risque d’une sortie brutale de la Suisse du bilatéralisme.

Pour près de la moitié des entreprises interrogées, un abandon des accords bilatéraux nuirait significativement à la réussite de leur entreprise sur le site économique suisse. Si l’on ne considère que les entreprises qui réalisent plus de la moitié de leur chiffre d’affaires à l’étranger, elles sont même 70% à penser qu’un abandon des accords bilatéraux nuirait à leur réussite entrepreneuriale.

Les entreprises ont cependant un avis différencié sur l’utilité des différents dossiers que renferment les paquets d’accords bilatéraux. Sans surprise, c’est l’accord sur la libre circulation des personnes qui est considéré comme le plus important.

Les dirigeants d’entreprises consultés ont aussi une opinion tranchée sur les trois options possibles pour le futur: coup d’arrêt, statu quo ou renforcement du bilatéralisme. Ils sont très peu à souhaiter la fin des relations bilatérales. Quelques-uns souhaitent au moins un maintien du statu quo. Mais une très grande majorité des entreprises suisses (les deux tiers) se prononce en faveur d’un renforcement des accords bilatéraux sur la base d’un accord-cadre institutionnel avec l’UE.

Les entreprises donnent ainsi un signal clair en ce qui concerne l’orientation générale. L’enquête n’en dit cependant pas plus sur le rythme souhaité. En effet, compte tenu du Brexit en cours et des prochaines élections parlementaires et présidentielles déterminantes en France, l’Union européenne est peut-être à la veille de changements importants.

Il semble donc judicieux de poursuivre, dans un premier temps, les négociations sur divers dossiers et sur un accord-cadre à un niveau technique uniquement. Il sera toujours temps ensuite pour la Suisse de décider souverainement si le rapport entre le coût et l’utilité d’accords bilatéraux supplémentaires est raisonnable.

* Economiste responsable pour la Suisse romande, Chief Investment Office d’UBS


 

 
 



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