La résistance à l’obscurantisme

mardi, 18.04.2017

Nicolette de Joncaire

La science est par principe ennemie de l’ignorance et de la propagande. Ce qui en fait un adversaire efficace de l’arbitraire. Rien d’étonnant donc que les milieux scientifiques du monde entier se mobilisent samedi prochain en soutien de leurs confrères américains, menacés par la vision (et les coupes budgétaires) de Donald Trump, pour défendre l’idée que connaissance et progrès scientifique sont le fondement de notre civilisation. Et que la science ne connait pas de frontières (une bonne partie des lauréats américains du Prix Nobel ne furent-ils pas des migrants?).

Emblématique, le choix de ce 22 avril, Earth Day, sera une réplique au démantèlement de la politique pro-environnementale de Barack Obama menée par Donald Trump, et à son désormais tristement célèbre «le concept de réchauffement climatique a été inventé par et pour les Chinois pour rendre l’industrie américaine non compétitive». Joignant le geste à la parole, le président américain annonçait en mars une réduction de 70% du financement du programme climatique de l’Agence de la protection environnementale (EPA). Les pages du site web de l’Agence – tout comme celle du Département de l’Energie – ont été «épurées» de références encombrantes à la conférence de Paris sur le climat.

Les réseaux sociaux vibrent depuis l’appel de Caroline Weinberg sur Twitter et le lancement de la page Marchforscience.com de Jonathan Berman. Le groupe correspondant sur Facebook comptait 55.000 membres dans les douze heures qui suivaient son ouverture. Les plus prestigieuses institutions scientifiques se sont associées au mouvement et les grandes publications scientifiques – dont Science Magazine ou Nature – ne ménagent pas les appels à la mobilisation. Rarement les chercheurs, d’habitude plutôt discrets, auront montré un tel activisme politique. «Science, not silence» est le mot d’ordre des manifestations prévues à Washington, dans près de 500 autres villes des Etats-Unis, d’Europe (dont une vingtaine en Grande-Bretagne, au moins autant en France, et plusieurs en Suisse, à Genève et à Lausanne notamment) et d’ailleurs.

Quel effet auront ces manifestations sur l’imprévisible Monsieur Trump?

La communauté scientifique est relativement isolée du reste des mortels et peu en phase avec l’Amérique moyenne. Malgré l’impact médiatique de la marche, qui sera rapidement effacé par la prochaine facétie de Trump, il n’en demeurera pas moins président, et ses opinions risquent fort de ne pas changer. Prudent dans ses propos au lendemain de la marche des femmes qui avait quelque peu obscurci son intronisation en janvier – il n’ignore pas qu’un vote populaire aurait fait d’Hillary Clinton la gagnante des élections –, il n’en a pas pour autant modifié ses positions. La communauté scientifique américaine saura-t-elle présenter un front commun et programmer une stratégie de résistance à une ignorance imposée? Aura-t-elle le courage et les moyens de résister aux pressions qui ne manqueront pas de se concrétiser? L’ombre du Maccarthysme n’est pas si éloignée et les candidats au rôle d’Oppenheimer sont encore rares.n


 

 
 



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