Une maturité professionnelle plus attractive

mardi, 18.04.2017

Elle doit être revue et étendue pour la rendre encore attrayante auprès des jeunes les plus doués.

Matthias Ammann*

Le différend autour du «bon» taux de maturités est au cœur du débat sur le type de sélection, la conciliation de la culture générale et de la préparation à un monde du travail incertain. La société et l’économie changent – tout comme les attentes posées à l’enseignement. De même, les capacités et les possibilités des écolières et des écoliers se développent. La stabilisation des conditions d’admission est la clé pour un processus de sélection équitable.

De nombreuses voix, notamment parmi les parents et professeurs, exigent une hausse du taux de maturité en arguant la désindustrialisation de la Suisse et la pénurie de travailleurs qualifiés dans certaines catégories professionnelles universitaires. Il y a bien pénurie de forces de travail qualifiées dans différentes branches, mais ce problème ne peut pas être résorbé par la seule hausse du taux de maturité. En raison du libre choix des études, il n’est pas possible de prévoir vers quelles matières se tourneront les futurs étudiants ni si les gymnasiennes et les gymnasiens visent véritablement à accéder à l’université. En outre, l’économie suisse est sortie de son corset démographique. Le réservoir de compétences local ne peut pas fournir suffisamment de travailleurs qualifiés pour toutes les branches et niveaux de qualification. Il y a plus de places de travail que de travailleurs, ce que démontrent clairement la combinaison de l’immigration nette et d’un taux de chômage constamment bas. L’économie suisse est par conséquent dépendante de la main-d’œuvre étrangère. Toutefois, il y a lieu de combattre la pénurie dans les domaines à forte intensité de connaissances.

Le taux de maturité gymnasiale est aussi à considérer dans le contexte général. La formation professionnelle subirait une saignée de talents précieux pour la relève si l’on augmentait trop le taux de maturités. Beaucoup d’entreprises recherchent désespérément des apprentis motivés. La stabilité du système de formation professionnelle doit être préservée car, en comparaison internationale, les pays avec un système dual de formation (Suisse, Allemagne, Autriche, Danemark et Pays-Bas) présentent un taux de chômage des jeunes relativement faible.

La question n’est donc pas dans quelle proportion mais plutôt comment se fera la sélection. D’après le rapport sur l’éducation 2014 du Centre suisse de coordination pour la recherche en éducation, les meilleurs 25% des apprentis de différentes catégories professionnelles (électroniciens, commerçants, opticiens ou laborantins) ont obtenu de meilleurs résultats en mathématiques que la médiane des gymnasiens. Ces enseignements sont tributaires d’une excellente relève. Une sélection reposant seulement sur les capacités cognitives et intellectuelles repose sur de mauvais critères. Les préférences des écolières et des écoliers quant au type de formation devraient également être incluses dans le processus de décision. L’enseignement dispensé au gymnase ne convient pas à tous les jeunes intelligents. Avec l’introduction de la maturité professionnelle au niveau fédéral en 1994, une alternative intéressante à la maturité gymnasiale a été créée. Ce diplôme permet aussi l’accès au système de formation tertiaire. Au fond, il ne s’agit pas de savoir «quelle part» de jeunes d’une classe d’âge seront recommandés pour le gymnase mais plutôt si ce sont les «bons». Car l’objectif de la procédure d’admission devrait être de trouver les candidates et les candidats appropriés, conformément aux capacités et aux préférences et indépendamment de la taille des cohortes respectives. Dans ce contexte, il faut créer des conditions d’admission aussi constantes que possible, qui fonctionnent indépendamment des capacités à court terme des gymnases.

La maturité professionnelle devrait donc être revue et étendue, pour la rendre encore attrayante auprès des jeunes les plus doués, de sorte que le gymnase fasse l’objet d’une saine concurrence. Les deux chemins permettent l’accès à des études supérieures qui offrent de très bonnes conditions pour une carrière professionnelle réussie. Vu l’évolution rapide des exigences dans le monde professionnel, il faut donner plus d’attention à la culture générale. L’apprentissage présente ici un retard à combler, par exemple dans le domaine des langues étrangères.

* Avenir Suisse


 

 
 



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