Les marchés ne sont pas affectés par la politique

jeudi, 13.04.2017

Le baromètre du risque européen du Credit Suisse montre une bonne propension chez les investisseurs.

Comme les marchés financiers se sont focalisés sur les surprises économiques positives et les revenus des entreprises, l’Europe a continué à évoluer de manière stable en dépit d’un calendrier électoral chargé, qui culminera bientôt avec les présidentielles françaises.  Nous restons prudemment optimistes à l’égard des actifs européens en raison de la vigueur du cycle conjoncturel. L’euro reste relativement faible et pourrait encore se déprécier.

Les élections présidentielles en France se tiendront dans un contexte conjoncturel favorable. Les indicateurs de confiance dans l’industrie manufacturière et les services se sont améliorés rapidement et ont atteint leurs plus hauts depuis près de six ans. L’optimisme des consommateurs a soutenu les dépenses privées, entretenant un cercle vertueux de baisse du chômage et d’augmentation de la consommation. En dépit des perspectives de croissance réjouissantes à courte terme, le nouveau président sera confronté aux problèmes structurels qui affectent l’économie française depuis les dernières décennies, à savoir un manque de compétitivité, la rigidité du marché du travail et des dépenses publiques élevées. Les candidats sont bien conscients de ces problèmes et les abordent à des degrés divers dans leurs programmes. Leurs initiatives politiques devront toutefois vaincre l’éventuelle opposition du parlement et de la rue. Un solide mandat populaire sera donc essentiel.

Après sa mise à jour, le Baromètre continue d’indiquer que le marché, dans son ensemble, ne se préoccupe pas du risque systémique, mais nous nous attendons à ce que l’appétit au risque diminue si le second tour est serré entre Marine Le Pen et un autre candidat. En observant les divers secteurs, du marché monétaire aux titres à revenu fixe en passant par les actions et les devises, nous constatons que, par rapport à l’histoire récente, le marché obtient actuellement un score de 2 environ (sur une échelle de 0 à 10, 10 signifiant que les valorisations reflètent une profonde inquiétude des investisseurs vis-à-vis du risque futur). Conçu pour estimer le niveau de risque intégré par les marchés des capitaux, le Baromètre est basé sur une échelle de risque établie à partir de données collectées sur dix années, incluant la faillite de Lehman Brothers, la crise grecque, le Brexit et le référendum italien. 

L’apaisement des craintes des marchés des obligations souveraines concernant les risques s’est manifesté dans le resserrement des spreads des emprunts d’État à court et moyen termes d’Italie et d’Espagne par rapport à ceux d’Allemagne. La liquidité est demeurée robuste et de faibles écarts des prix vendeur et acheteur ont également maintenu les coûts de négoce à un niveau bas. Sur les marchés du crédit, l’amélioration des conditions financières se constate à la baisse des taux des crédits à la consommation et des petits crédits aux entreprises, tandis que les spreads des obligations investment grade et à haut rendement ont diminué. Les valorisations des actions étaient légèrement supérieures en mars, comme l’ont indiqué les multiples cours/bénéfice des actions de l’UEM, et une inversion de la tendance précédemment haussière du cours EUR / USD a également reflété une diminution des inquiétudes concernant la zone euro. La volatilité devrait augmenter pendant les semaines précédant les élections françaises et entre les deux tours, mais rester à un niveau globalement faible au demeurant.

Notre Comité de placement a récemment relevé à «surperformance» son opinion à l’égard des actions de la zone euro. Les indicateurs avancés en Europe ont atteint leur niveau le plus élevé depuis cinq ans, la rentabilité est en hausse et les révisions relatives des bénéfices sont meilleures pour les titres des entreprises européennes que pour les actions mondiales. Les entreprises axées sur le marché intérieur ou les exportations tirent profit de la dynamique macroéconomique dans la zone euro, qui a atteint son plus haut depuis plusieurs années, alors que la monnaie commune est relativement faible et pourrait encore se déprécier. Bien que les fondamentaux soient globalement positifs et les valorisations attrayantes, il ne faut pas négliger les risques politiques. C’est pourquoi nous avons un avis de sous-performance sur les actions italiennes, car le risque circonstanciel que revêtent les élections françaises peut être ressenti plus vivement dans les pays périphériques. 

Pour évaluer les possibles répercussions des élections françaises sur les marchés, nous avons élaboré trois scénarios: selon le premier, qui est assorti d’une probabilité de 15%, Marine Le Pen n’atteint pas le second tour. Ce cas est favorable en particulier pour les actions à risque et françaises, de même que pour les entreprises qui profiteraient de la suppression du risque périphérique. D’après notre deuxième et principal scénario, qui présente une probabilité de 65%, la volatilité devrait s’accentuer temporairement entre les deux tours, en fonction de l’écart séparant dans les sondages Marine Le Pen de son adversaire au second tour. Cette volatilité refléterait les inquiétudes concernant l’incertitude en matière de politique intérieure et régionale. Dans le troisième et dernier scénario, dont la probabilité est de 20%, Marine Le Pen remporte la victoire et c’est l’aversion au risque qui prédomine sur les marchés, car les investisseurs craignent de graves conséquences pour l’Europe. En effet, le leader du Front national a inscrit au cœur de son programme une possible renégociation des traités de l’UE et un retour à la monnaie nationale.

Cette élection est la plus imprévisible qu’ait connue la France ces dernières années. Les primaires organisées par Les Républicains et les socialistes ont abouti à la sélection de personnalités moins connues, François Fillon et Benoît Hamon. Depuis lors, la campagne a été dominée par des scandales et des divisions au sein des grands partis. Il y a fort à parier que ces deux candidats soient éliminés au premier tour. En outre, les scandales ont également eu pour effet de diminuer l’intérêt du public pour cette course à l’Élysée. Selon des sondages actuels, 35% des électeurs français pensent s’abstenir de voter au premier tour, un pourcentage inhabituel car le taux de participation a toujours été élevé, à environ 80% en moyenne. Enfin, parmi les personnes certaines de se rendre aux urnes, nombreuses sont celles qui pourraient changer d’avis à la dernière minute, phénomène qui entretient l’incertitude quant à l’issue du scrutin. 

Selon notre scénario principal, qui tient compte de ces facteurs de risque, c’est un candidat réformiste pro-européen qui est le plus susceptible de remporter l’élection. Une telle issue serait bien perçue par les marchés financiers, car elle est positive pour l’intégration européenne et la périphérie. Dans ce cas, le risque politique devrait diminuer dans les pays méridionaux de l’UEM. 

En Allemagne, il est probable qu’Angela Merkel, de l’Union chrétienne-démocrate, et Martin Schulz, leader du Parti social-démocrate revitalisé, seront au coude à coude lors des élections de septembre. Bien que l’issue, quelle qu’elle soit, ne semble pas constituer une source potentielle de volatilité pour les marchés, il ne faut pas sous-estimer l’importance de ce scrutin, car l’Europe a besoin d’un solide leadership étant donné les enjeux actuels, à savoir les négociations du Brexit, le besoin de réformes de l’UE et le contexte géopolitique tendu entre les superpuissances mondiales, notamment l’UE, les États-Unis, la Chine et la Russie. 

En outre, bien que le référendum de décembre en Italie n’ait eu que des répercussions mineures sur le marché après la démission de Matteo Renzi en février, le gouvernement constitué par Paolo Gentiloni reste vulnérable aux manœuvres politiques au sein du parti divisé et de la coalition élargie. Une primaire du parti démocrate est prévue le 30 avril, et même s’il semble à présent moins probable que des élections générales soient organisées avant 2018, l’intérêt pour les sondages devrait s’accroître après l’événement, de façon à déterminer les changements intervenant dans les intentions de vote pour le parti démocrate et le mouvement Cinq étoiles. - (Credit Suisse)


 

 
 



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