Plaidoyer pour d’avantage de statisticiens

mercredi, 12.04.2017

Le secteur public a encore des efforts importants à faire pour fournir des données et des indicateurs.

Marie Owens Thomsen

De nos jours malgré l’abondance d’informations qui nous entoure, il reste toujours difficile d’obtenir l’information dont on a réellement besoin. Par exemple pourquoi parle-t-on autant des Etats-Unis? Le pays n’est pas toujours le plus intéressant, mais, c’est le pays qui a toujours les meilleures données statistiques.

Pas de données, pas d’analyses, c’est une réalité incontournable. Il faut absolument être reconnaissant au secteur privé qui réalise un excellent travail en comblant le manque de données économiques et statistiques diverses. 

Pensons par exemple aux PMIs, les indices de sentiment des directeurs d’achats des entreprises. Parmi plusieurs sources, les PMIs réalisés par Markit en Angleterre sont devenus incontournables sur les marchés financiers et chaque publication mensuelle peut potentiellement faire fluctuer les prix des véhicules d’investissement. 

La popularité de ce type d’indicateurs montre bien le vide que les instituts de statistiques nationaux n’arrivaient pas à combler, ou n’avait pas pour mission de remplir. Tout cela est très bien et les instituts statistiques nationaux sont déjà débordés avec la lourde tâche de mettre à jour et apporter des améliorations aux séries existantes sans parler du développement de nouveaux indicateurs. 

Ils ont des efforts plutôt monumentaux à fournir ne serait-ce-que concernant le Produit Intérieur Brut (PIB), un indicateur qui sous-estime en toute probabilité la croissance, les anciennes normes ne captant pas les spécificités de l’économie des services. 

En outre, on peut s’étonner du fait que les pays n’ont pas de bilan, le PIB n’étant que le compte de pertes et profits d’un pays. Ces chantiers avancent à pas d’escargot, en tout cas depuis 50 ans. Heureusement, alors, que le secteur privé est là pour nous éclairer là où le secteur public nous laisse dans le noir, et ce, en fait, depuis la fin des années 1800, comblant déjà des domaines délaissés par le premier institut de statistique officiel du monde établi à Paris en 1800. 

Tout cela prend néanmoins une autre tournure lorsque l’on  considère la publication d’un sondage (Marketplace-Edison Research Poll, Novembre 2016) qui mesurait la méfiance des américains par rapport aux données économiques du gouvernement: 40% des  américains n’ont pas confiance dans ces données, et presque 70% de ceux qui ont voté pour le Président Trump sont également sceptiques. 

La question n’a pas été posée si ce manque de confiance touchait également des données statistiques en provenance du secteur privé. Il est possible que le fond du problème soit d’avantage associé avec la notion «macro», l’agrégation des données pour le pays dans son ensemble, qu’avec la source de l’indicateur, publique ou privée.  

Actuellement, l’aliénation que ressentent d’importantes parties de la population dans plusieurs pays par rapport aux statistiques et expertises est probablement liée à la difficulté d’associer une évolution macro avec le vécu d’un secteur ou individu particulier. 

Il est évident que quand les statistiques couvrent 350 millions d’américains, ou plus de 500 millions d’européens, de nombreuses personnes ne vont pas se sentir bien représentées dans les chiffres, sans parler des pays comme l’Inde ou la Chine. Dans le contexte du populisme croissant, il devient urgent de prendre cette aliénation très au sérieux et d’élaborer d’avantages d’indicateurs, macro et micro, qui captent mieux l’économie d’aujourd’hui sous toutes ces facettes, avec des catégories et classements modernisés et qui profitent des nouvelles technologies pour collecter et traiter des données. Ce travail peut bien sûr trouver son origine tout aussi bien dans le secteur privé que dans le secteur public. Toutefois, on peut craindre que les «faits alternatifs» vont plus facilement gagner du terrain si les statistiques officielles occupent une place décroissante dans le total. Là-dessus, les données sont limitées et, encore une fois, les données américaines sont plus facilement accessibles. Le Bureau of Labor Statistics (BLS) des Etats-Unis, estime qu’entre 2014 et 2024, le pays aura besoin de 34% de plus de statisticiens; une expansion bien au-delà de la moyenne prévue globalement dans le pays, toutes professions confondues, qui n’est que de 7% sur la même période.  Il convient de noter cependant que le nombre de statisticiens aux Etats-Unis s’élevait à 30000 en 2014, et que même avec une augmentation de 34% sur 10 ans, leur nombre sera limité à 40 000 en 2024. 

Le plus grand nombre de statisticiens se trouve dans les services professionnels, scientifiques, et techniques avec une part du total de la profession de presque 30% en 2024. Le gouvernement fédéral et les autorités monétaires devraient employer 5400 statisticiens en 2024, à peine 14% de la profession totale. Cela plaide pour embaucher d’avantage de statisticiens en général, et plus encore dans le secteur public – un sujet micro fortement ressenti au niveau macro. 

Marie Owens Thomsen
Global Head of Economic Research Indosuez Wealth Management


 

 
 



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