La dictature ou la guerre

mardi, 11.04.2017

Nos démocraties sont incapables de vaincre la récession. Le repli sur soi-même est un réflexe naturel.

Michel Santi*

L’Union européenne subit une récession bien spécifique, marquée par l’implosion de bulles spéculatives combinée au déclenchement d’une crise du crédit inédite. De son côté, la Banque centrale européenne est également confrontée à une crise existentielle car sa politique est désormais officiellement inopérante. Seul l’Etat est donc aujourd’hui à même de soutenir un secteur privé tétanisé et une économie en proie aux pressions déflationnistes. Par leur action, les pouvoirs publics doivent effectivement combler le vide laissé par le secteur privé, c’est-à-dire que c’est l’Etat qui doit emprunter et dépenser tandis que le privé -entreprises et ménages- tente de se reconstruire, de réduire ses endettements, bref de panser ses plaies dues à la digestion des excès du passé. Le rétablissement de l’activité économique et le redressement du P.I.B. ne se matérialiseront donc qu’à une seule condition: que l’Etat emprunte l’épargne privée et qu’il la dépense! En d’autres termes, les stimuli fiscaux et les déficits budgétaires devront être maintenus pendant des années car c’est à ce prix que le secteur privé aura pu rembourser ses dettes pour certains, repris confiance -et donc investir- pour d’autres. Attention, car tout retrait inopportun de ces stimuli induirait aussitôt un retour en force de la déflation et une dégradation supplémentaire de la confiance. Erreur commise par le Japon les ayant à maintes reprises prématurément retiré ou diminué durant la «décennie perdue», et qui a coûté leur place de leader dans leur domaine à bien des fleurons de l’industrie nippone, ayant manqué de confiance pour investir dans de nouveaux produits, comme pour concrétiser des projets proposés par leur département Recherche & Développement.

Dans un tel contexte d’incertitude, de chômage, d’austérité, il va de soi que le réflexe naturel du consommateur est de se replier sur lui même, c’est-à-dire d’épargner. Voilà pourquoi l’épargne occidentale atteint aujourd’hui des records, en dépit de taux d’intérêt à leur plus bas historique. Ce qui rend les entreprises encore plus frileuses dans leurs investissements, ce qui tarit d’autant plus les cash flows, ce qui comprime davantage les valorisations: autant de calamités ayant précisément conduit à la crise et qui, mal traitées, ne manqueront dès lors pas de dégénérer en spirale. Seul l’Etat peut donc casser ce cercle vicieux. Voilà pourquoi un Etat ne doit jamais céder aux sirènes de la consolidation fiscale et budgétaire car ses interventions devront nécessairement se déployer sur la durée afin d’éviter à son économie une rechute qui, dès lors, achèverait le reliquat de confiance. La récession japonaise -censée se terminer après trois ans n’a-t-elle pas duré près de vingt ans? Pourtant, il semblerait bien que nos démocraties soient incapables de vaincre la récession. Cette nécessité impérieuse d’un interventionnisme étatique accru -incontournable pour juguler de telles récessions- provoque des réactions véhémentes -à la limite de l’hystérie- de la part de la quasi totalité des analystes, des médias et du milieu académique qui ne comprennent décidément pas les mécanismes, ou qui se calfeutrent derrière leurs préjugés. Et qui expliquent jour après jour à des citoyens crédules que le budget d’un Etat doit être géré comme celui d’un ménage, c’est-à-dire plus ou moins à l’équilibre.

Dans ces conditions, l’hyper orthodoxie de dirigeants politiques bornés -comme la Chancelière Merkel- qui ne vivent, qui ne respirent et qui ne parlent qu’à travers la langue primitive de la rigueur. En réalité, après la quasi-liquéfaction de l’euro, en dépit de taux de chômage des jeunes dépassant les 50% dans certains pays européens, il est temps aujourd’hui de se rendre compte d’une évidence. Qu’il est impossible de mettre en place des stimuli émanant de l’Etat en l’absence d’une adhésion populaire, elle-même impossible à obtenir du fait de la manipulation -ou de l’intox- à laquelle se livre le «mainstream» médiatique et politique.

Qu’il sera, en d’autres termes, impossible de rompre la spirale récessionniste en présence d’un régime démocratique, tandis qu’un dictateur -n’ayant par définition pas besoin de convaincre son opinion- serait parfaitement en mesure de sauver son économie en accélérant les dépenses étatiques, s’il est persuadé du bien fondé d’un tel remède…

A moins qu’une bonne guerre -qui menacerait nos existences et notre mode de vie- ne soit une autre alternative, faisant taire du coup toutes les réticences, et qui propulserait dès lors à bon escient les dépenses publiques? Parvenus tous deux au pouvoir en 1933 dans un contexte de crise sévère, Roosevelt et Hitler furent effectivement confrontés dès le départ à un chômage dépassant 25% de leur population. Ayant tous deux pris la bonne décision -la stimulation de leur économie à outrance-, Roosevelt dut quant à lui se résoudre à interrompre l’intervention de l’Etat sous la pression conjuguée de son aile droite et de milieux financiers…Qui réussirent à faire replonger leur économie dans une récession encore pire, dont elle ne se sortit qu’à la faveur de l’engagement américain dans l’effort de guerre. Sachant que le dictateur allemand, ayant toute latitude, fit fondre son chômage à 2% en 1938!

Alors: avons-nous aujourd’hui besoin d’un dictateur, qui applique néanmoins un bon programme économique, pour vaincre la crise? Combien de temps encore nos démocraties resteront-elles otages d’une orthodoxie prescrivant systématiquement le mauvais remède?

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