Certitudes et incertitudes

lundi, 10.04.2017

Beaucoup de questions se posent avec la quatrième révolution industrielle.

Olivier Sandoz*

Jusqu’à très récemment, nous avions tous une certitude, celle de mourir un jour. Certains transhumanistes prétendent désormais que l’homme vaincra la mort. Nous serons alors éternels. Si cette prédiction devait se réaliser, je plains les actuaires qui calculent les différents paramètres techniques que l’on connaît dans les assurances sociales. Quant au législateur, à quel âge fixera-t-il la retraite? Il n’aura de toute façon plus besoin de se poser cette question, puisque la vie éternelle rendra obsolète la notion même de retraite. Et donc de système de retraite.

 Plus sérieusement, il reste encore au moins une certitude: nous vivons une époque pleine d’incertitudes, que ce soit au niveau politique, économique ou technologique. Quelles seront les conséquences du Brexit pour la Grande Bretagne et pour notre pays, notamment? Quelles conséquences les décisions de Donald Trump auront-elles sur le monde? Va-t-il réussir sa réforme fiscale? Plus près de nous, la réforme de l’imposition des entreprises pourra-t-elle être menée à bien? Comment vont évoluer nos relations avec l’Union européenne et le franc suisse? Et la liste est encore longue.

Sur le plan des technologies, et notamment de la digitalisation et de ce que certains appellent la quatrième révolution industrielle, il y a beaucoup de questions et très peu de réponses. Et lorsqu’il y en a, elles sont souvent contradictoires. Prenons par exemple les conséquences de la digitalisation sur l’emploi. Selon une étude réalisée par Frey & Osborne en 2013, ce sont 47% de tous les emplois qui pourraient être remplacés par des ordinateurs ou des algorithmes au cours des dix à vingt prochaines années aux Etats-Unis et dans d’autres pays avancés.  

L’OCDE a publié un rapport avec des conclusions nettement moins inquiétantes pour l’emploi. En effet, elle estime que dans ses vingt-et-un pays membres, 9% des emplois en moyenne sont automatisables. Mais il ne s’agit que de prévisions. Alors que selon une autre étude publiée par le National Bureau of Economic Research, fondée sur des données historiques, la robotisation a eu comme conséquence, aux Etats-Unis, la suppression de 670.000 emplois entre 1990 et 2007. Autrement dit, l’introduction d’un robot pour mille salariés détruit cinq à six emplois.

L’accélération de l’évolution technologique ne va vraisemblablement pas inverser cette tendance, bien au contraire. En revanche, toutes ces études ne disent rien des nouveaux métiers que crée et va créer la digitalisation.

Or, c’est là l’élément essentiel: la création de nouveaux métiers compensera-t-elle la disparition d’autres métiers? Et si oui, à quelle échéance? Autre certitude: le marché du travail et la société en général vont subir de profondes mutations. Il faut s’y préparer, anticiper sans précipitation, adapter les programmes scolaires en conséquence.

Faire preuve de pragmatisme. La partie n’est pas gagnée. Deux années ont été nécessaires pour que les Chambres fédérales se mettent d’accord sur le projet Prévoyance vieillesse 2020 qui vise à adapter notre système de sécurité sociale à l’évolution démographique. Ce projet, qui doit encore être accepté lors d’une votation au mois de septembre, n’est certes pas parfait, mais il a le mérite d’exister et de répondre à certaines exigences.

Or il ne s’agit là que d’une adaptation du système. Que se passera-t-il si la digitalisation nous force à le modifier profondément, voire à adopter un tout autre système?

* Fédération des entreprises

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