Le libre-échange n’est pas mort

lundi, 03.04.2017

Nicolette de Joncaire

Parfois né des affrontements politiques des années soixante et septante, le rôle des négociants en matières premières a changé de statut avec la fin de la Guerre froide, la consécration du libéralisme comme idéologie économique dominante et l’adhésion d’un nombre de pays toujours croissant à l’Organisation Mondiale du Commerce (avec sa philosophie multilatérale). Si le discours de Deng Xiaoping de 1978 ou la chute du Mur de Berlin de 1989 restent emblématiques, la mutation s’est déroulée sur plusieurs décennies. Des contrats d’approvisionnement à long terme convenus entre puissances gouvernementales ou de l’intégration verticale et monopolistique des majors pétroliers, les échanges ont progressivement évolué vers un marché ouvert et plus transparent. Depuis 1986, Saudi Aramco liait ses prix au marché spot, ce qui ne fut qu’un mouvement marginal se normalisant. L’histoire du commerce transfrontières remonte à l’aube des temps. Mais comme l’écrit Philippe  Chalmin, «il a fallu attendre les années 1970 pour assister à un renouveau du négoce international».

Que le négoce se positionne en faveur de la liberté du commerce, comme l’a fait le CEO de Cargill David MacLennan en introduction du FT Global Commodites Summit de la semaine dernière à Lausanne,  tient du pléonasme. Les négociants  sont les enfants de la libéralisation des marchés. N’est-ce pas compréhensible qu’ils en soient aussi les champions? Trait d’union entre zones de production et de consommation, ils achètent, stockent, transportent, assurent et financent une part importante du commerce mondial. Ils gèrent en premier lieu les risques inhérents à une activité complexe et sujette à mille aléas.

Avec la peur de la mondialisation et l’essor actuel d’un populisme nationaliste, le protectionnisme revient au-devant du discours politique. Victimes de cette tendance, les négociants indépendants seront-ils amenés à disparaitre? Peu probable. En dépit d’une arrivée en force des sociétés publiques dans le trading, le négoce privé perdurera sous des formes rendues nécessaires par les inefficacités du système. Dans une économie interdépendante et soumise à une multitude de variables et de frictions, l’équilibre entre offre et demande peut difficilement se passer d’optimisation et d’arbitrages. Les négociants en ont fait un art.n






 
 

AGEFI




...