La France dépendante des financements internationaux

mardi, 21.03.2017

Les deux principaux scénarios en France de l’abandon de l’euro ainsi que l’envisage des candidats.

Mathilde Lemoine

Alors que la période préélectorale bat son plein, plusieurs candidats à l’élection présidentielle française proposent d’abandonner l’euro ou encore de restructurer la dette publique française. Si l’élection d’un tel candidat s’avérait crédible, les autorités françaises pourraient être conduites à mettre en place un contrôle des capitaux mais aussi des retraits d’argents pour éviter une crise de la balance des paiements et une faillite du système bancaire.

En effet, l’Etat et les entreprises françaises ont un besoin de financement qui n’est pas satisfait par les ménages. Le besoin de financement net de la Nation française a été de 45 milliards d’euros en cumulé depuis fin 2015. Par ailleurs, la France est en situation de déficit courant. Il représentait -1.2% du PIB en 2016. Pour financer ce déficit courant, la France doit augmenter ses engagements vis-à-vis de l’étranger ou réduire ses avoirs étrangers.

Depuis 2008, le compte financier enregistre ainsi des engagements nets positifs vis-à-vis de l’étranger. Enfin, la position extérieure nette de la France est négative et représentait 450 milliards d’euros en 2016, soit 20% du PIB. Cela signifie que les non-résidents français détiennent plus d’avoirs français que les Français d’avoirs étrangers. En conséquence, un arrêt, voire une simple diminution des financements étrangers, obligerait les administrations publiques et les entreprises à réduire immédiatement leurs dépenses et à rembourser une partie de leurs emprunts, puisqu’elles ne pourraient pas les proroger. Certaines entreprises seraient en défaut de paiement et les administrations publiques devraient instantanément réduire leurs dépenses publiques afin de revenir à l’équilibre primaire. La structure même de la balance des paiements française empêche toute indépendance monétaire. Elle nécessiterait la mise en place d’un contrôle des capitaux si les investisseurs et les épargnants perdaient confiance dans la capacité de la France à rembourser les dettes contractées ou à garantir leur remboursement.

Dés lors, compte tenu des spécificités de l’économie française, les deux principaux scénarios ayant des conséquences importantes sur les flux d’investissement et l’épargne sont les suivants:

Le premier scénario consisterait en un accroissement significatif de  la probabilité d’une victoire d’un candidat en faveur de l’abandon de l’euro par la France.  Dans ce cas, les investissements extérieurs se tariraient avant même le vote du second tour de l’élection présidentielle. La Banque de France serait obligée d’intervenir pour fournir des réserves de changes afin de payer les importations libellées en devises étrangères.

En outre la position de la France au sein du système Target 2 vis-à-vis des autres pays de la zone euro se dégraderait fortement. Un contrôle partiel des capitaux et des retraits pourrait aussi être décidé.

Le second scenario intègre la victoire d’un candidat ne remettant pas en cause l’appartenance de la France à l’Union européenne et à la zone euro. Un tel scénario aurait un effet favorable sur les perspectives d’activité, et ce d’autant qu’il engendrerait une relance du couple franco-allemand.

Ainsi, la croissance du PIB français serait soutenue par l’éloignement d’une crise de balance des paiements et le maintien d’une politique monétaire ultra-accommodante. Mais le problème de la faiblesse de la croissance tendancielle et des inégalités persistera, ce qui obligera le nouveau gouvernement à accroître encore la part de PIB redistribué. En effet, la diffusion de l’innovation, qui est une source de croissance tendancielle, dépend du niveau moyen de compétences dont l’amélioration nécessiterait un accroissement de la population active qualifiée et un accompagnement des peu qualifiés tout au long de leur vie professionnelle afin que leurs compétences ne deviennent pas obsolètes. Il est donc peu probable que le taux marginal d’imposition diminue comme la rentabilité tendancielle des investissements.

L’économie française est souvent victime d’analyses simplistes. Il est vrai que le modèle économique de la France est singulier puisqu’il se caractérise par une redistribution de la richesse créée de plus en plus importante et par une prééminence de la gestion collective de l’économie.

Quatre personnes en emploi sur cinq ont un taux marginal d’imposition compris entre 44% et 73% selon l’INSEE. Le consentement à l’impôt est élevé en France, mais le taux marginal actuel a un effet négatif sur l’incitation à travailler, or, il est moins souvent mentionné dans les débats préélectoraux que la durée du travail.

Sans modification du type d’intervention des administrations publiques dans l’économie française, la «Nation» aura toujours un besoin de financement qui limitera l’autonomie monétaire de la France et rendra encore plus nécessaire l’appartenance de la France à la zone euro.

chief economist,

Edmond de Rothschild


 

 
 



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