Les marchés devenus auto-porteurs

lundi, 20.03.2017

Philippe Rey

Les marchés actions sont en hausse depuis une année précisément. Américains en particulier. Avec une accélération due à l’élection présidentielle aux Etats-Unis.  A tel point que les niveaux de valorisation en termes de multiples suscitent des craintes.  Surtout lorsqu’ils sont confrontés aux ratios Schiller cours-bénéfices de 10 ans, ce que l’on appelle aussi le Cyclically-adjusted PE ratio (CAPE).

Deux remarques s’imposent à ce stade. Ces craintes, au fond, prouvent en premier lieu que les marchés ne planent pas en pleine euphorie. L’indicateur en question utilise d’autre part les bénéfices déclarés composant l’indice S&P 500, qui ne tiennent pas compte des postes extraordinaires.

Autre constat, encore  plus important peut-être: les marchés ont réalisé une impressionnante ascension de mars 2009 à aujourd’hui. Ponctuée de  quelques baisses intermédiaires, dont la plus prononcée en 2011. La politique ultra-expansionniste des banques centrales  et la baisse massive des taux, avec expansion des multiples de valorisation, ont alimenté ce long cycle haussier jusqu’au milieu de l’an dernier. Les marchés se sont d’ailleurs trouvés entre temps dans une phase de correction calculée sur une période de 52 semaines.

Une inflexion des taux s’est amorcée.

La hausse actuelle repose cette fois sur  les attentes conjonturelles et en matière d’inflation. C’est une bonne nouvelle dès lors que ces deux facteurs déterminent la croissance économique nominale. Or celle-ci est le plus important moteur pour la progression des bénéfices des entreprises.

C’est pourquoi le rally auquel nous assistons aujourd’hui repose sur des fondements plus solides. Les marchés s’auto-entretiennent en quelque sorte. Il faut cependant se garder de tout triomphalisme. Si les bases paraissent plus robustes, les marchés ne se présentent pas non plus comme sous-évalués. La marge de sécurité s’est réduite. Entre autres pour le marché suisse, sur lequel les ratios cours-cash-flow libre (meilleur indicateur que le bénéfice) se situent entre 20 et 30 pour les excellentes entreprises (voire même plus pour quelques-unes). A noter enfin que l’on ne peut pas exclure un dérapage de l’inflation avec décollage des taux. Ce qui entraînerait alors une augmentation de la prime de risque et un ajustement des multiples.n


 

 
 

 
 

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