L’inversion de tendance sur les taux

jeudi, 16.03.2017

Philippe Rey

Les taux d’intérêt sur le franc demeurent très bas, voire négatifs. Toutefois, pour la première fois depuis longtemps, les taux à dix ans de la Confédération sont redevenus positifs avant de retoucher zéro hier. Ils remontent depuis quelques mois, insensiblement pour ainsi dire. Peut-on déjà parler d’inflexion de tendance?

Du moins s’esquisse-t-elle. Les taux à long terme ont atteint des planchers historiques en cours d’année dernière dans de nombreux pays.  Une inversion de tendance s’est enfin amorcée avec  l’élection du nouveau président des Etats-Unis. Le rendement des obligations d’Etat à dix ans a parfois augmenté spectaculairement. Celui des obligations à dix ans de la Confédération s’est redressé d’environ 30 points de base depuis le début novembre.

La hausse généralisée des taux d’intérêt provient en particulier de l’amélioration des perspectives en matière d’inflation sur fond de demande plus robuste, en particulier aux Etats-Unis. Les taux de renchérissement se sont inscrits en hausse dans la zone euro et aux Etats-Unis. Sans flambée cependant.

Ce pourrait être l’une des raisons pour lesquelles les taux d’intérêt à long terme amorçaient déjà leur hausse avant l’élection de Trump selon le secrétariat d’Etat à l’économie SECO. La hausse sensible des taux longs aux Etats-Unis reflète aussi les attentes concernant l’évolution des taux d’intérêt à court terme. Les marchés escomptent des relèvements des taux directeurs de la Banque centrale américaine (Fed) plus rapidement qu’il y a quelques mois, ce qui stimule  les taux longs.  En ce sens, la décision prise hier par la Fed était largement attendue (lire page 18). Si l’écart entre le rendement des obligations d’Etat à long terme des  Etats-Unis et de la Suisse est considérable, avec un peu plus de 2,5 points de pourcentage, la différence est petite entre ceux de l’Allemagne et de la Suisse, d’un peu plus de 0,4 point de pourcentage.

Une dépréciation du franc vis-à-vis de l’euro semble peu probable dans un proche avenir. Un différentiel trop faible ne permet pas de modérer suffisamment l’attractivité du franc. Ce qui oblige donc la Banque nationale à garder des taux directeurs négatifs. Les taux Libor à trois mois demeurent largement négatifs avec -0,73%. Sans oublier la livre, qui n’est pas aussi importante que l’euro mais n’est pas non plus quantité négligeable.

Nul ne peut prédire ce qui va se passer exactement ces prochains mois, mais des tensions sur les taux longs ne sont pas impossibles. Elles peuvent conduire à une nouvelle hausse du franc par rapport à l’euro,qu’il faudra alors retenir C’est une possibilité parmi d’autres.

De même, une reprise trop rapide des taux d’intérêt est susceptible d’induire de la volatilité sur les marchés actions. A cet égard, on ne peut pas exclure une baisse rapide de 10% à 20% par rapport aux prix et multiples actuels qui sont généralement élevés sans qu’il existe une bulle, contrairement à la situation qui prévalait en 2000.  Encore une fois, cela est possible sans plus. Le scénario d’une continuation de la hausse des bénéfices des entreprises cette année paraît également plausible.n



 

 
 



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