Le franc suisse deux ans plus tard

jeudi, 16.03.2017

Depuis janvier 2015, le taux réel et effectif du franc a marqué un plus haut à 114 en juin 2015, loin des 121 en août 2011.

Marie Owens Thomsen*

L’agenda de politique monétaire est chargé actuellement. La Banque Centrale Européenne (BCE) s’est réunie la semaine passée, La Fed tiendra sa réunion le 15 Mars, et la Banque Nationale Suisse (BNS), ainsi que la Banque du Japon, le 16 mars. Une bonne opportunité d’examiner où nous en sommes avec le franc suisse.

Habituellement les analyses scrutent le taux de change bilatéral; le franc suisse contre le dollar américain ou contre l’euro, par exemple. Pourtant, lorsque l’objectif est d’évaluer la compétitivité d’un pays, il est très réducteur de ne regarder qu’un taux de change bilatéral sauf dans les rares cas où le commerce se fait très majoritairement  avec ce partenaire bilatéral.

C’est le cas du Mexique, car le pays réalise 80% de toutes ses exportations avec les Etats-Unis. Ainsi, le peso contre le dollar américain capte absolument l’essentiel de la compétitivité mexicaine.

Le commerce extérieur de la Suisse est d’avantage équilibré, tout en étant dépendant de l’Europe à hauteur de 50% en 2016.

L’Asie représente plus de 30% des parts de marché pour la Suisse, et l’Amérique du Nord près de 15%. Les Etats-Unis comptent pour environ 12% des exportations suisses, la Chine (avec Hong Kong) environ 15%, et l’Inde près de 5%.

Pour la Suisse, comme pour la majorité des pays, il convient d’utiliser le taux de change effectif pour évaluer sa compétitivité sur le plan international. Le taux de change effectif est un composite des taux de change de tous les partenaires commerciaux, pondéré par la part de chacun dans le commerce total.

Le taux de change effectif peut en outre être corrigé par l’inflation, auquel cas il est effectif et réel.

Le taux de change suisse effectif et réel, selon la Banque  des règlement internationaux (BRI), s’est apprécié de 104 à 112 entre  décembre 2014 et janvier 2015 (indice, 2010=100) - alors que le prix d’un euro en francs suisses est passé de 1.20 franc/euro à 1.04 franc/euro en données mensuelles pour les mêmes mois.

Sur le taux effectif, l’appréciation était donc de 8% tandis que le taux bilatéral a gagné 13%. Sur les deux bases de calcul, l’appréciation était très rapide et très importante, certes, mais in fine la Suisse n’a pas souffert de la récession qui était redoutée et prédite par un grand nombre d’économistes, et une partie de la réponse pour expliquer la résilience de l’économie suisse réside dans le fait que l’appréciation réellement impactante pour l’économie était bien moindre que les chiffres bilatéraux habituellement cités.

Aujourd’hui, ce taux de change réel et effectif se situe à 109. La BNS a changé sa politique monétaire le 15 janvier 2015 et le taux réel et effectif a marqué un plus haut depuis cette date à 114 en juin 2015.

Le plus haut historique s’est situé à 121, enregistré en août 2011, en pleine crise européenne, et le plus bas se situait à 88 en octobre 2007. Il semble très probable que sans les interventions de la BNS, le niveau actuel serait plus élevé.

Avec les échéances politiques potentiellement perturbatrices, comme les élections aux Pays-Bas le 15 mars, les élections présidentielles et parlementaires en France en avril, mai et juin, et les élections parlementaires en Allemagne à l’automne, la BNS n’a pas intérêt à changer de stratégie pour le moment.

Les circonstances devraient permettre à la BNS d’intervenir moins agressivement dans le futur de toute manière, car l’orientation haussière des taux américains et la perception que la BCE s’apprête à diminuer ses achats de titres (a priori en 2018), vont élargir les marges de manœuvre pour la BNS de toute manière, sauf grande surprise sur les échéances politiques mentionnées.

Dans ce contexte, la Suisse a réalisé le surplus de sa balance commerciale le plus important de tous les temps en Janvier 2017 à 4.7 milliards de francs, ce qui témoigne qu’une devise forte n’est pas une condamnation à l’impuissance commerciale. Bien au contraire. L’aspect souvent oublié dans les discussions de fluctuations de devises est le gain qui se réalise côté importations quand la monnaie s’apprécie, et le renchérissement analogue quand la devise se déprécie.

Un exemple de ce dernier cas est l’Angleterre qui a affiché un déficit sur la balance commerciale (produits manufacturés) de 10.3 milliards de livres, après un plus bas historique de 14.2 milliards en septembre 2016. La livre sterling ayant perdu près de 15% contre l’euro depuis le référendum l’été dernier, et 12% sur le taux de change effectif et réel, n’a pour l’heure rien amélioré pour les Anglais.

En conclusion, tout changement rapide et important des variables macro-économiques tels les taux de change sont difficiles pour l’économie à absorber. Les changements progressifs sont normalement gérés de façon moins traumatique, et ce même quand il s’agit des appréciations de la monnaie.

Une appréciation peut même être avantageuse pour le pays, surtout quand le pays est gourmand en importations et leader mondial sur certains marchés d’exportations - comme dans le cas très enviable de la Suisse.

* Global Head of Economic Research

Indosuez Wealth Managment


 

 
 



agefi_2017-03-16_jeu_02
 


...