Promesses d’aventure monétaire

mercredi, 15.03.2017

Monnaie pleine. L’initiative populaire va apparemment bien plus loin que la simple couverture des comptes courants.

Jean-Pierre Roth*

Dans les colonnes du quotidien Le Temps (28 février), j’ai montré quels étaient les coûts et les risques qui résulteraient de l’obligation faite aux banques et à Postfinance de couvrir totalement leurs engagements à vues (les comptes-courants du public) par des avoirs auprès de la BNS comme le demande l’Initiative populaire pour la Monnaie Pleine.

Les partisans de l’initiative contestent mon analyse à l’aide d’arguments qui montrent qu’ils veulent en fait beaucoup plus que la garantie totale des comptes courants bancaires; ils visent une transformation très aventureuse du système monétaire.

Les initiants demandent que toute la monnaie soit créée à l’avenir par la Banque nationale, et que cette émission soit faite à découvert, sans contrepartie.

Une expansion monétaire par la banque centrale prendrait ainsi  simplement la forme d’une bonification (un don) sur le compte de la Confédération, ceux des Cantons ou en faveur du public; plus besoin pour elle d’acheter de l’or, des titres ou de faire des crédits comme aujourd’hui. Les bonifications faites, les heureux bénéficiaires seront libres d’utiliser la manne monétaire pour leurs dépenses courantes. La création monétaire devient ainsi un arrosage général qui permet aux initiants de nous promettre des baisses d’impôts et une économie florissante.

En fait, ce mode d’injection monétaire correspond à ce que l’on appelait dans le passé «la planche à billets». Il ressemble à ce que certains économistes contemporains proposent: l’helicopter money, soit la distribution de liquidités au public pour relancer la consommation.

Sur la durée, c’est quelque 500 milliards de francs de monnaie bancaire classique qui devrait être remplacée par de la création monétaire ex nihilo de la BNS.

Une économie florissante, des baisses d’impôt, un système bancaire plus stable, comment y résister? Où est l’erreur? Comme tous les partisans de la planche à billets, les initiants rêvent d’un monde idéal, où la croissance serait régulière et le rôle de la banque centrale de doser savamment – et sagement - la croissance monétaire afin que la stabilité financière soit préservée. suite page 3

* Président de la Banque

cantonale de Genève, ancien

président de la Banque nationale. 



 

 
 



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