EY Suisse et ses 100 ans d’activités

mercredi, 15.03.2017

Le président du réseau d’audit et de consulting débriefe les cent ans d’existence en Suisse. Avenir ouvert sur les robots et algorithmes.

Bruno Chiomento*

En 100 ans, plusieursgénérations de conseillers ont contribué à améliorer le fonctionnement de l’économie nationale, animés par leur passion pour un management performant.

Comme d’autres grandes banques, la Basler Handelsbank fait elle aussi à cette époque son entrée sur le marché de la révision, de la gestion et de l’activité fiduciaire. Durant les premières années plutôt modestes, les collaborateurs exécutent des missions de contrôle dans des sociétés anonymes, mettent en place des comptabilités et prodiguent des conseils en matière de fiscalité.

Après sa fondation, la Fiduciaire Générale SA (ATAG) se développe rapidement. Dans les années 1920, nous acquérons dans l’Aeschengraben à Bâle – un quartier particulièrement bien situé – un ensemble d’immeubles abritant aujourd’hui encore notre siège social. En 1924, la société ATAG franchit le pas et s’installe à la Bahnhofstrasse à Zurich.

Dès 1939, le siège social est transféré à Genève en raison du risque de guerre. Après avoir surmonté les années difficiles de l’après-guerre, nous nous implantons en Suisse romande avec l’ouverture de bureaux à Bienne (1957), Lausanne (1957) et Genève (1959). D’imposants bâtiments administratifs sont construits à Berne et Zurich, mais aussi à la Rue d’Italie à Genève (1966).

Le secteur de l’audit et du conseil a toujours été étroitement lié à l’économie nationale. Si l’histoire de toutes les grandes entreprises de la branche a été marquée par les fusions, la croissance, la consolidation, la concentration, l’internationalisation, l’expansion, celle d’EY Suisse est cependant unique à mon sens.

Très tôt, nous avons dû définir un rôle indépendant. Nos concurrents, devenus PwC et KPMG par la suite, ont été rattachés à une grande banque jusque dans les années 1980, et ont pu ainsi bénéficier de nombreux mandats garantis.

Pour notre part, nous avons gagné notre indépendance dès 1945 avec un management buyout après la faillite en Allemagne de la Basler Handelsbank, générée par la crise bancaire et d’importants crédits en cours. L’indépendance ainsi acquise était une particularité dans l’univers des sociétés d’audit. Contraints de faire de nécessité vertu, nous avons recherché la proximité avec les entreprises de taille moyenne et commencé à nous diversifier. ATAG a développé le conseil d’entreprise, assisté les entreprises dans leurs processus de rationalisation et d’automatisation, et misé sur le traitement des données pour en faire un pilier autonome.

Entre 1955 et 1990, nous augmentons de 3 à 325 millions de francs le produit des activités de service. Dans les années 1990, ATAG devient, sous la direction de Peider Mengiardi, la première société d’audit en Suisse. Jusqu’à la fin des années 1970, ATAG gère ses propres filiales à l’étranger et contrôle parallèlement avec la société d’audit américaine Arthur Young & Co, des filiales américaines en Suisse.

A partir des années 1980, les exigences imposées à la branche de l’audit deviennent plus strictes avec l’internationalisation croissante.

L’intégration aux réseaux de partners internationaux requiert l’indépendance vis-à-vis des grandes banques et la cession de divers pans de l’entreprise. EY doit vendre l’activité de gestion de fortune.

Vers la fin des années 1980, nos concurrents fusionnent tour à tour, donnant ainsi naissance à KPMG, Price Waterhouse Coopers (PwC) et Deloitte & Touche.

Entre-temps, ATAG a déjà intégré à son réseau avec Arthur Young International, les sociétés qu’elle avait fondées à l’étranger. Au cours de l’été 1989, la fusion d’Arthur Young et de Ernst & Whinney fait émerger Ernst & Young, un réseau international d’entreprises avec 70 000 employés dans plus de 100 pays.

En 1991, ATAG accole au sien le nom de la firme internationale, avant de supprimer complètement l’acronyme ATAG dix ans plus tard et de devenir EY depuis quatre ans maintenant. Les 150 sociétés nationales indépendantes sont détenues pour la plupart par les partners et poursuivent une stratégie commune.

Au début des années 2000, l’affaire Enron aux Etats-Unis a eu des implications importantes pour notre profession. Le groupe énergétique Enron s’effondre, et à sa suite, son réviseur Arthur Andersen, en raison d’une accusation pour entrave à la justice. Ernst & Young rachète les sociétés Arthur Andersen en Suisse et dans 55 autres pays, reprenant ainsi un grand nombre de collaborateurs compétents.

La confiance dans l’audit est ébranlée après le scandale Enron. S’ensuit une réglementation massive de la branche dans le monde entier. L’audit et le conseil pour un même client sont fortement restreints.

Nous parviendrons à restaurer progressivement la confiance et à poursuivre avec succès le développement des activités de conseil fiscal, juridique et d’entreprise dans ce corset de réglementations. Chez EY comme dans les autres Big Four, le conseil représente plus de la moitié du chiffre d’affaires à l’heure actuelle.

Le nouveau millénaire a aussi apporté un profond changement dans la politique des ressources humaines et nous avons accueilli les premiers partners féminins.

A l’horizon 2020, nous souhaitons augmenter à 25% la représentation des femmes dans le cercle des partners. Par ailleurs, nous sommes aussi de plus en plus hétérogènes et internationaux, et la collaboration est devenue bien plus ouverte et flexible.

Plus de 500 collaborateurs travaillent actuellement pour EY en Suisse romande. A Lausanne, nous avons investi en 2014 de nouveaux locaux près de la gare; le second site le plus important de Suisse sera transféré en 2020 dans un nouvel immeuble se trouvant dans le quartier central de Pont-Rouge à Genève. Les rives du lac Léman constituent un pôle essentiel en raison des organisations et associations internationales, des nombreuses sociétés émergentes dans le secteur des sciences de la vie et aussi bien entendu de la place financière. A l’avenir aussi, nous contribuerons à la prospérité durable de l’économie en Suisse romande et renforcerons la confiance dans les marchés, les secteurs économiques et les entreprises.

Nous accompagnerons parallèlement les jeunes talents vers les postes à responsabilité et nous mobiliserons pour une collaboration plus étroite.

Outre la mondialisation qui s’accélère et la densité toujours plus forte de la réglementation, la numérisation est devenue un nouveau défi majeur ces dernières années, tant pour EY que pour nos clients.

Nul ne peut prédire si, dans cinquante ans, l’activité d’expert-comptable sera toujours nécessaire dans sa forme actuelle, ou si l’ordinateur accomplira l’essentiel de ces tâches. Nous continuerons aussi de nous intéresser activement aux nouveaux développements technologiques et emploierons toujours plus de robots et d’algorithmes pour les vérifications de routine.

A l’avenir, nous voulons proposer à nos clients le contrôle de processus financiers achevés, mais aussi leur fournir des outils de prédiction performants leur offrant une réelle plus-value. Pour nos clients, nous sommes déjà, en outre, un partenaire de transformation intégré dans le conseil. De l’ajustement de la stratégie à la gestion des changements, en passant par les modèles opérationnels, les systèmes financiers et de contrôle ou encore l’architecture informatique, nous offrons tout ce dont l’entreprise moderne a besoin pour évoluer dans la nouvelle réalité numérique.

* Président du conseil d’administration d’EY Suisse



 

 
 



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