La flambée des prix pétroliers plus menaçante que leur chute

mercredi, 15.03.2017

La totalité des excédents de stocks d’or noir pourraient disparaître plus tôt que prévu et perturber l’offre.

Levi-Sergio Mutemba

Il y a quelques années, lors du forum international des matières premières et des dérivés Bürgenstock, L’asset manager suisse Picard Angst avait insisté sur une caractéristique essentielle des commodities. «Le marché des matières premières, et a fortiori le segment énergétique, est extrêmement volatile», avait souligné son CEO Maurice Picard. Les moins familiers du marché des matières premières apprenaient alors que des fluctuations de prix extrêmes pouvaient survenir au sein d’une même tendance.

Ce qui semble être le cas aujourd’hui pour le pétrole, malgré la baisse de 10% des prix du WTI depuis le début de l’année. Au point que même si les membres du cartel de l’Opep échouaient à atteindre leur objectif de baisse de la production, cela ne remettrait pas en cause la tendance haussière pour 2017 et au-delà. De fait, ce qu’analystes et gérants craignent le plus actuellement n’est pas une rechute durable des prix mais une flambée de ceux-ci.

Interrogés sur les perspectives de cet hydrocarbure face aux risques de court terme, les experts de Columbia Threadneedle anticipent un «bon millésime» pour 2017 et sur le long terme. «La question phare cette année est de savoir si le marché va tutoyer les plus bas ou si les prix vont augmenter de manière significative», explique David Donora, Head of Commodities chez Columbia Threadneedle. Qui penche clairement pour la deuxième option.

Le passage d’un cours de plus de 106 dollars le baril jusqu’en 2014 à moins de 50 dollars a forcé les producteurs à se concentrer sur la restructuration de leurs bilans et la réduction des coûts. Ce qui s’est traduit par une baisse considérable de la production, les prix du marché étant nettement inférieurs aux coûts de production. L’an dernier, les découvertes de nouveaux gisements, aussi bien pétroliers que gaziers, ont ainsi atteint un plus bas de 60 ans.

Parallèlement à une réduction de la voilure de la part des producteurs, la demande, elle, a continué d’augmenter. «Celle des marchés émergents sera plus forte que ne le prévoit le marché, notamment en Asie» prévient David Donora. L’expert estime ainsi que la Chine continuera de jouer un rôle capital en termes de besoins énergétiques.

 «La Chine restructure son économie depuis de nombreuses années. Nous estimons que ce processus tire à sa fin et qu’il y aura une demande accrue en provenance de la Chine et de tous les marchés émergents asiatiques, portée par la consommation», explique le stratégiste de Columbia Threadneedle.

Quant aux consommateurs des marchés développés, ceux-ci ont bénéficié au cours des deux ou trois dernières années de prix historiquement faibles. Ce qui leur a permis de consolider leur situation financière. La chute des cours de l’or noir s’est ainsi traduite par une économie de 2000 milliards de dollars par an au profit des consommateurs.

Enfin, incapables d’appliquer des plans d’austérité rigoureux et constatant la relative inefficacité des politiques monétaires à relancer la demande interne, les gouvernements des économies développées et émergentes se tournent progressivement vers des mesures de relance.

Au premier rang desquels la toute nouvelle administration américaine.

Columbia Threadneedle s’attend ainsi à voir les États-Unis, l’Europe et le Japon adopter de telles mesures, tandis que la Chine continuera à les mettre en œuvre, résultant à terme sur un accroissement de la demande en matières premières en général.

De son côté, le plus grand gérant d’actifs BlackRock table également sur une stabilisation significative de la croissance des stocks, en raison d’une croissance de la demande.

Dès lors que l’Opep cherche à retirer du marché 1,2 million de baril par jour, en sus des près de 600.000 barils que la Russie entend elle-même supprimer, c’est en effet la quasi-totalité des stocks excédentaires qui seront amenés à disparaître dans les prochains mois.

D’un excédent d’offre pétrolière, le monde pourrait donc rapidement passer à une situation où celle-ci se trouverait perturbée, alors que l’insécurité au Moyen-Orient pose toujours des risques significatifs pour les approvisionnements.n



 

 
 



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