La démocratie suisse en danger?

vendredi, 10.03.2017

Notre pays n’échappe pas au climat populiste et la confiance s’érode à l’égard des émetteurs traditionnels.

Stéphanie Ruegsegger

Aujourd’hui, il est de bon ton de critiquer les élites. Quand bien même on en est issu. La victoire du milliardaire Trump sur la favorite Hillary Clinton, suspectée de connivence avec l’élite new-yorkaise, en est un exemple. La France illustre elle aussi volontiers ce climat «antisystème», avec des dinosaures politiques qui squattent le devant de la scène depuis des décennies. Cela ne les empêche pourtant pas d’user jusqu’à l’écœurement du schéma «nous contre eux» dans une version moderne de David contre Goliath. Et la Suisse dans tout cela?

Notre pays n’échappe pas à ce qui semble être devenu une règle sur le terrain politique. On aurait pu le croire épargné par ce climat populiste, grâce à une démocratie particulièrement vivante, un système de milice destiné à maintenir le lien des politiciens avec la réalité du terrain et une structure fédéraliste ayant pour conséquence «d’éclater» le pouvoir, évitant sa concentration en quelques mains. Et pourtant. Un institut suédois, Timbro, a classé trente-trois pays européens en fonction de leur prédisposition à ce qu’il qualifie de populisme autoritaire. Ce concept se comprend comme une défiance à l’égard de la démocratie libérale, qui construit ses décisions en fonction des majorités et dans le respect des droits fondamentaux. Symbole démocratique, la Suisse se retrouve pourtant au cinquième rang de ce classement, derrière la Hongrie, la Grèce, la Pologne et l’Italie.

Si la Suisse doit principalement ce résultat à des partis de droite, que l’on ne s’y trompe pas: le populisme n’a pas de couleur politique même s’il privilégie les teintes flashy aux pastels. Chez notre voisin français, l’insoumis Mélenchon à la faconde acérée grimpe dans les sondages au rythme de ses slogans et de ses piques verbales. En Suisse, de nombreux socialistes rêvent eux aussi du Grand Soir, quand bien même ce parti participe largement à tous les niveaux de la vie gouvernementale. La dérive gauchisante est telle que des élus socialistes modérés tentent aujourd’hui de faire entendre leur voix au moyen d’une plateforme d’échanges qui prendrait aussi en considération les préoccupations économiques. La résistance à la dérive populiste s’organise donc de tous les côtés parce que l’outrance lasse. Le résultat des élections valaisannes de ce week-end, qui ont adressé un message clair au trublion Freysinger, en est l’illustration. Il n’empêche que rien n’est gagné. Alors que les mots d’ordre du Conseil fédéral ont pendant longtemps été fidèlement suivis par les citoyens, les prises de position gouvernementales ne sont plus un gage de victoire. La confiance s’érode à l’égard du gouvernement mais aussi des partis, des organisations professionnelles, de l’économie. En résumé, à l’égard des émetteurs traditionnels.    

Si l’on peut trouver au populisme la vertu de secouer un peu l’ordre établi, l’exercice trouve rapidement ses limites. Tout d’abord, les problèmes mis en avant sont le plus souvent artificiellement gonflés. A l’exemple de la burqa, on s’empare d’un climat particulier, en l’occurrence celui de l’insécurité, pour faire un problème d’une situation qui n’en posait pas. Dans le cas, plutôt rare, où ces lanceurs d’alertes populistes proposent une réponse au problème qu’ils ont soulevé, celle-ci est le plus souvent inadaptée ou inapplicable. Il est ensuite aisé de stigmatiser des «élites» incapables de répondre aux préoccupations du peuple.

Le résultat aujourd’hui est que les majorités que l’on voit émerger en Suisse sont le plus souvent celles qui rassemblent une addition d’oppositions. Difficile de construire un quelconque projet dans ces conditions.

FER Genève


 

 
 

 
 
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