La disparition du cash paralyse l’Inde

mardi, 14.02.2017

Corruption. Les risques de la démonétisation.

Michel Santi*

Alors que les transactions en espèces représentaient 98% des échanges en Inde, le gouvernement de ce pays a décidé unilatéralement le 8 novembre dernier - par une nuit sans lune - de retirer de la circulation les billets de 500 et de 1’000 roupies. Ces coupures - constituant 86% des espèces en circulation en Inde et totalisant l’équivalent de 230 milliards de dollars US- sont le pendant des billets de 20 et de 100 aux Etats-Unis et sont donc le poumon du commerce et de la consommation de l’Inde. Un délai jusqu’au 31 décembre de l’année 2016 fut accordé afin de restituer toutes ces coupures par les responsables politiques et économiques qui firent même croire à leur population qu’une encre indélébile apposée sur ces billets de 500 et de 1’000 roupies les trahiraient s’ils les conservaient au-delà de la date limite!

Au final, la démonétisation brutale de ce pays gigantesque encore en développement devait provoquer la mort d’au moins 120 personnes dont certaines par suicide, mais pour la plupart (principalement des personnes âgées et fragiles) décédées dans les interminables files d’attente visant à remettre les billets aux guichets de banques incapables de les échanger contre les nouvelles coupures pas imprimées en nombre suffisant.

Quant aux distributeurs automatiques de billets, ils se révélèrent inopérants car configurés pour les anciens billets de taille sensiblement différente…

On ne sait quelle mouche piqua le gouvernement indien pertinemment conscient que la moitié de ses citoyens ne disposent pas de compte bancaire, que quelque 300 millions d’indiens ne bénéficient même pas de papiers d’identité, et que les immenses zones rurales sont entièrement tributaires des échanges par voie d’espèces et totalement dénuées de moyens de paiement électroniques? Au final, cette décision fut immédiatement suivie par un sous-continent paralysé par 5 millions de camions arrêtés sur le bord des routes du fait de chauffeurs routiers n’ayant même plus assez de cash pour payer leur essence et leur alimentation dans une nation où le transport routier véhicule environ 70% du trafic des marchandises à l’intérieur du pays! De fait, cette démonétisation abrupte a provoqué d’immenses dégâts au sein de la population indienne, du commerçant de base, du paysan, des fournisseurs sinistrés par la disparition de leur seul moyen de paiement.

C’est donc la quasi-totalité de l’économie qui fut paralysé: les consommateurs n’ayant plus de quoi payer leurs achats et les fournisseurs plus de quoi rémunérer leurs salariés. Situation ubuesque qui profite évidemment à la fraude qui s’est encore intensifiée dans une nation déjà rongée par la corruption.

C’est en effet des pénalités de l’ordre de 40 à 50% qui furent prélevées par les blanchisseurs en échange des espèces leur étant remises par de pauvres miséreux. Un certain nombre de temples -encore autorisés à recevoir des dons en cash- furent par ailleurs complices de cette fraude qui infecte même les mariages - y compris blancs - ayant connu une recrudescence car encore autorisés eux aussi à accepter des cadeaux en espèces. Une famille de quatre membres alla même jusqu’à déclarer l’équivalent de 29 millions de dollars US en cash (collectés ça et là) destiné à être recyclé en banque! Le gouvernement indien espère ainsi redresser son P.I.B. de l’ordre de 2.5%, soit environ 50 milliards de dollars en billets de banque (le quart des billets en circulation) qui ne seront pas restitués car entachés par la corruption, la fraude fiscale et par les escroqueries diverses.

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