Le leadership américain reconsidéré

lundi, 09.01.2017

Dans de nombreux domaines, d’autres devront reprendre le leadership abandonné par l’Amérique et s’opposer aux Etats-Unis le cas échéant.

Adair Turner*

L’élection de Donald Trump a été accueillie dans le monde avec un étonnement et une peur légitime. Sa victoire a saccagé l’image de la démocratie américaine. Son élection devrait nous inciter à ewconsidérer la dépendance excessive au leadership mondial inévitablement imparfait des Etats-Unis.

Dans de nombreux domaines, il est impossible de savoir quelles sont les politiques que Trump mettra réellement en œuvre: c’est là où est le risque. Mais, en ce qui concerne la politique conomique, une chose est claire: la politique budgétaire sera desserrée. la direction du changement de politique - d’un stimulus monétaire vers une relance budgétaire - est logique. Dans l’ensemble des pays développés, le policy mix a entraîné une croissance des revenus médiocre mais de fortes augmentations de la richesse des riches. Si la relance budgétaire de Trump provoque une remise en cause des politiques d’autres pays, il en résultera un certain bénéfice.

Si Trump tenait vraiment ses promesses de campagne de réviser l’Accord de libre-échange nord-américain et d’imposer des tarifs douaniers sur de nombreuses importations chinoises, il pourrait faire basculer l’économie mondiale d’une croissance décevante à une dépression pure et simple. Mais la version pragmatique du slogan «America first», visant une réélection en 2020, impliquera probablement davantage de mesures largement symboliques et l’abandon de nouvelles initiatives de libéralisation du commerce, comme le Partenariat trans-Pacifique et le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement. Si tel est le degré de protectionnisme de Trump, il ne causera qu’un préjudice limité pour l’économie mondiale. L’impact de l’élection sur l’économie des Etats-Unis comme sur celle du monde pourrait être légèrement positif, au moins à court terme. C’est l’impact potentiel de son administration sur la politique mondiale et sur l’environnement naturel qui devrait nous inquiéter. D’autres pays devront reprendre le leadership abandonné par l’Amérique – et s’opposer aux États-Unis le cas échéant.

La promesse de Trump de revenir sur l’accord avec l’Iran, en revanche, est une menace irresponsable et dangereuse pour la paix mondiale, qui ne ferait que renforcer le pouvoir des radicaux iraniens. Ce n’est pas un accord américano-iranien; il a été négocié par six grandes puissances et approuvé par les Nations Unies

En ce qui concerne le changement climatique, l’élection d’un homme qui prétend croire que le réchauffement climatique est un canular chinois créé pour endommager l’entreprise américaine est clairement une mauvaise nouvelle. Mais l’élan mondial pour lutter contre le changement climatique peut et doit être maintenu.

Aux Etats-Unis aussi, les politiques de certains Etats individuels comme la Californie encourageront le progrès technologique, quel que soit l’approche adoptée par le gouvernement fédéral. Et l’accumulation régulière de preuves irréfutables que le réchauffement climatique est bien réel pourrait lentement aligner l’opinion politique, et peut-être même celle de Trump, sur la conviction de la grande majorité des Américains pour qui le changement climatique est un problème majeur. Le reste du monde devrait redoubler son engagement de l’accord climatique de Paris 2015: la politique climatique mondiale ne doit pas dépendre d’un président américain.

Il serait erroné d’ignorer les dangers de la présidence de Trump, et il n’y a aucun doute que l’incertitude au sujet de ses actions futures a en elle-même d’ores et déjà rendu le monde plus risqué. Pour les dirigeants politiques du monde, la première réponse doit être de construire un ordre mondial qui soit moins dépendant du leadership des États-Unis et moins vulnérable aux aléas des élections américaines.

* Président de l’Institute for New Economic Thinking, Project Syndicate


 

 
 



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