Nucléaire, on ferme mais quand le faire?

mercredi, 30.11.2016

Prix. Les conditions économiques régleront la situation.

René Longet*

Ce 27 novembre, le score fut net: il n’y aura pas de calendrier pour la fermeture des centrales nucléaires suisses. L’élément nouveau de cette campagne était toutefois l’accord entre partisans et adversaires sur la sortie du nucléaire, la divergence portant sur les délais. Adoptée par une large majorité au Parlement le 30 septembre dernier, la stratégie énergétique 2050 comporte en effet le double message qu’on ne pourra plus construire de nouvelles centrales et le rappel que la durée de vie des centrales existantes reste fonction de l’appréciation des autorités de sécurité. Ce qui veut aussi dire que, selon l’évaluation que ces dernières feront, leur fermeture pourrait se produire même plus rapidement que ne le prévoyait l’initiative.

Ceci étant dit, l’autre élément susceptible de s’inviter dans l’agenda est le facteur économique. En effet, les prix actuels de l’électricité ne sont pas plus propices à l’électricité nucléaire qu’à celle de nos barrages. Les exploitants perdent de l’argent avec les deux. Et les coûts de démantèlement et de gestion des déchets radioactifs ne peuvent qu’augmenter.

Voici peu, une hausse de 30% des contributions aux fonds de démantèlement et de gestion des déchets a été demandée aux propriétaires des installations nucléaires, et tout prochainement seront communiqués les résultats de la réévaluation quinquennale.

Simultanément à cette péjoration de la situation du nucléaire, les économies d’énergie prennent leur essor, les énergies renouvelables, comme le solaire, l’éolien, la géothermie voient augmenter leurs rendements et réduire leurs coûts.

Si bien que pour assurer leur équilibre financier, les tenants du nucléaire doivent s’en remettre à des montages acrobatiques comme celui d’EDF en Grande-Bretagne, qui construira deux réacteurs dans ce pays pour autant que le gouvernement garantisse un prix de vente de l’électricité rémunérateur, qui est le double du prix du marché.

Pas sûr que des opérations de ce type soient très populaires en Suisse, sachant que les coûts à long terme du nucléaire incomberont fatalement au contribuable.

A tout prendre, s’il faut garantir par un prix plus élevé la rentabilité d’une installation de production, on le fera pour une énergie assurant notre indépendance et minimisant son coût environnemental. Indépendamment du refus de l’initiative, outre les considérations de sécurité, ce seront bien les conditions économiques qui dicteront le rythme de la fin du nucléaire en Suisse. L’évolution de la situation risque de nous réserver quelques surprises.

* Expert en développement durable


 

 
 



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