Droite légitimiste et régression économique en France

mardi, 29.11.2016

Primaire. François Fillon à la Présidence de la République amplifiera les inégalités au sein de la société.

Michel Santi*

La macroéconomie est dans tous ses états. Grâce à Donald Trump. Voilà cinquante ans que les théories de Keynes sont vilipendées et ses adeptes stigmatisés, voire dédaignés. Aujourd’hui, pourtant, les opposants acharnés au keynésianisme ont perdu, en tout cas aux Etats-Unis.

Durant la Grande Dépression, Keynes plaidait pour une augmentation de la dépense publique qui relancerait l’activité économique par la courroie de transmission de l’augmentation de la demande agrégée. Une récession est forcément une phase où l’économie produit moins du fait des fameuses «ressources non exploitées», à savoir les usines qui tournent au ralenti, les salariés et les travailleurs au chômage, les espaces de bureaux vides, etc. Pour Keynes, quand le secteur privé est sinistré, l’Etat peut et doit prendre le relais en remettant les gens au travail.

Le cercle vicieux du désinvestissement et de la frilosité des acteurs économiques peut être transformé en cercle vertueux par l’entremise des réductions d’impôts, mais surtout par une intensification des dépenses publiques ayant pour effet de faire circuler l’argent et, par voie de conséquence, la dépense et l’investissement. Une récession étant souvent une phase marquée par la déprime du secteur privé, seule l’activation par l’Etat des ressources (humaines et matérielles) non exploitées est à même d’opérer le redressement de l’activité.

Précepte ayant du reste été appliqué par nombre de Présidents américains -Démocrates et Républicains-, de Kennedy à Trump, en passant par le très conservateur Richard Nixon qui s’en vantait même en 1971 («Je suis à présent keynésien»).

Les économistes «orthodoxes» eurent beau discréditer le keynésianisme, mettre en cause l’intervention de l’Etat accusé de brouiller et de fausser des marchés et des intervenants censés, eux, être «rationnels».

La pensée «mainstream» redoubla en réalité d’efforts dès le milieu des années 70 pour jeter les préceptes de Keynes aux oubliettes, arguant que les stimuli Etatiques ne pouvaient abuser les acteurs économiques qui produisaient, investissaient et embauchaient moins pour des raisons légitimes.

 Il n’en reste pas moins que, pour reprendre la fameuse expression de l’économiste Robert Lucas «We are all keynesians in the foxhole» (en substance: nous sommes tous keynésiens quand ça va mal), bien des administrations américaines firent du keynésianisme n’avouant pas son nom, dès lors que le contexte l’imposaitDe Reagan qui devait augmenter massivement les dépenses militaires au début des années 80, à Clinton qui ne put combattre la récession dix ans plus tard que grâce à son plan de relance fiscal, de George W. Bush qui envoya un chèque en 2008 à chaque famille américaine, à Obama et à son «American Recovery and Reinvestment Act» de 2009 qui devait permettre de juguler la Grande Récession. L’antikeynésianisme n’a jamais pleinement convaincu les Gouvernements américains successifs qui ont toujours cru aux bienfaits de l’intervention de l’Etat dans une conjoncture économique déprimée.

En fait, l’anti-keynésianisme n’a jamais vraiment frayé son chemin hors des milieux académiques cautérisés et -disons-le - déconnectés des réalités.

Sauf dans cette Union Européenne qui semble faire systématiquement les mauvais choix, et aujourd’hui en France dont la droite traditionnaliste a désigné comme candidat à l’élection Présidentielle un champion du néolibéralisme qui entend rétrécir l’Etat, licencier cinq cent mille fonctionnaires, réduire drastiquement les dépenses publiques, tandis que la première puissance mondiale s’apprête, elle, à les intensifier. Comparé improprement à Thatcher, François Fillon serait plutôt le clone de Gerhardt Schröder qui a mis en place les infâmes réformes Härtz et leur lot de mini jobs misérablement payés. Accordons toutefois à François Fillon le mérite d’être conséquent avec lui-même et avec la classe des privilégiés dont il défend sincèrement les intérêts.

En attendant, -nous électeurs français- soyons conscients que son élection à la Présidence de la République amplifiera les inégalités et achèvera de précariser des pans entiers de notre société, sans que cela ne se traduise par des améliorations sensibles de la croissance et de l’emploi.

Car c’est bel et bien le modèle allemand que Fillon veut établir en France, qui culpabilise les chômeurs, qui réduit les droits des travailleurs, qui enrichit l’infime minorité des plus aisés.

Ne nous y trompons pas car, sous une apparence sobre et équilibrée aux antipodes de Trump, François Fillon est le digne représentant d’une certaine droite réactionnaire déterminée à enfin démanteler cet Etat social honni pour mettre la France dans les pas de l’Allemagne, à la plus grande satisfaction d’une Europe devenue enfin globalement mercantile

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