Politique migratoire forcément provisoire

lundi, 28.11.2016

François Schaller

Les discussions qui vont reprendre cette semaine au Parlement s’agissant d’appliquer le nouvel article constitutionnel sur l’immigration ont en réalité bien peu chances de déboucher sur quelque chose de durable. Les différentes variantes envisagées, destinées à «épuiser le potentiel de main d’œuvre indigène» (préférence nationale dite «light») seraient inutilement compliquées pour les entreprises.

Alors qu’il semble possible (et tellement plus simple) d’appliquer le principe a posteriori, comme on l’applique dans d’autres domaines pour combattre des discriminations abusives: les résidents suisses n’ayant pas été préférés à des Européens à compétences égales lors d’un recrutement devraient simplement pouvoir contester la décision devant une instance judiciaire ou arbitrale à définir. Il est peu probable que le taux de contestation soit élevé, même avec le soutien des syndicats (ou de l’UDC) dans la conduite des procédures.

La deuxième raison pour laquelle les débats parlementaires actuels paraissent très à côté du sujet, c’est évidemment que cette préférence nationale light est en plus la seule et unique réponse au vote populaire de 2014, qui demandait aussi des contingents d’immigration. C’est-à-dire la fin de la libre circulation des personnes avec l’Union Européenne, en tenant compte précisément des intérêts de l’économie (dont tout le monde bénéficie d’une manière ou d’une autre).

Enfin, light ou pas, la solution éventuellement retenue ne le sera que provisoirement, de toute évidence, en attendant que le Royaume-Uni ait fixé les conditions de sa nouvelle politique migratoire par rapport aux ressortissants européens. Même si personne ne veut, ni ne peut le dire à Berne actuellement, c’est en fait toute la politique européenne de la Suisse qui a été suspendue par le Brexit.

Migrations, services financiers, reconnaissance technique mutuelle, énergie: il s’agit de voir ce que le Royaume Uni obtiendra de l’UE au-delà des intimidations, menaces et rétorsions habituelles de Bruxelles. Ça prendra des années. Peut-être une décennie. Il pourra se passer beaucoup de choses d’ici-là, plus ou moins susceptibles de changer complètement les données du problème. Surtout avec Donald Trump aux Etats-Unis.n


 

 
 



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