Forte ambition dans le trade finance

vendredi, 25.11.2016

China Construction Bank. La filiale zurichoise de la deuxième banque chinoise vise le Top10 des négociants avec des lignes de crédit en renminbi.

Interview: Elsa Floret

David Gong. General manager de China Construction Bank

Le management de China Construction Bank (CCB) était présent hier à Genève, à l’occasion de la troisième table ronde financière  Suisse-Chine. Installée à Zurich et sous licence Finma, la filiale de la deuxième banque chinoise concentre ses activités essentiellement dans le financement de matières premières et dans le clearing en renminbi. CCB est la seule banque chinoise en Suisse à bénéficier de l’autorisation de la Banque Populaire de Chine pour opérer des affaires transfrontalières avec la Chine. Des accords de compensation ou de clearing ont déjà été négociés avec la Banque Cantonale de Zurich. Membre de SIX, CCB met en place une plateforme lui permettant d’émettre des obligations et des Depositary Receipts en Suisse, en vue de la libéralisation du renminbi fixée en 2020 par le gouvernement chinois.

Interview de David Gong, general manager et Holger G. Demuth, COO & CFO.Quel a été votre agenda depuis l’obtention de la licence bancaire Finma en octobre 2015?

Depuis un an, notre équipe à Zurich - composée déjà d’une trentaine de professionnels dont les 2/3 sont des locaux - a été très active en approchant les Top 50 des sociétés suisses, ainsi que les sociétés de taille moyenne fortement exportatrices. Nous avons approuvé des lignes de crédit renminbi avec le Top 10 des négociants suisses de matières premières. Et nous avons négocié une ligne de crédit avec une banque privée à Genève pour ses transactions en renminbi.

A combien s’élève votre chiffre d’affaires après un an d’activités et quel est votre objectif?

Nous ne communiquons pas sur nos chiffres. Nous sommes ambitieux pour nos revenus issus de nos services de renminbi clearing, corporate banking, trade finance, export finance et project finance. La part durenminbi dans l’ensemble du trafic des paiements entre la Suisse et la Chine représente 4%, le franc 45%, le dollar de Hong Kong 46% et le dollar 3%.

Avec le trade finance comme l’une des priorités stratégiques de CCB, projetez-vous d’installer un bureau à Genève prochainement?

C’est envisageable, en effet, en fonction du taux de croissance de CCB. Lorsque nous avons décidé de nous implanter en Suisse, les villes comme Genève, Zurich, Bâle, Lucerne ou Baar étaient toutes importantes. Le choix de Zurich ne s’est pas fait contre Genève. Les infrastructures des deux villes présentent des atouts. La spécialisation de Genève en asset management, private banking, multi assets et trade finance intéresse CCB. Notre équipe voyage chaque semaine à Genève, où les opportunités de business sont fortes. Les deux places ont leurs atouts pour attirer la clientèle chinoise d’UHNW.

Avec l’implantation de CCB, Zurich devient la troisième plateforme pour le renminbi offshore, après Londres et Francfort. A combien estimez-vous le potentiel du volume de transactions?

A titre de comparaison, le volume de CCB Londres a atteint 1.1 trillion de renminbi (environ 160 milliards de dollars), après trois ans d’implantation. A Francfort, CCB n’est pas présente en tant que banque. Le franc suisse est la cinquième monnaie avec laquelle le renminbi peut effectuer un clearing direct, en complément de la livre sterling, de l’euro, du yen et du peso chilien.

CCB est-elle active dans les fusions-acquisitions de sociétés suisses par les groupes chinois?

Notre maison mère est impliquée dans la fusion ChemChina-Syngenta. CCB Zurich n’était pas encore active en Suisse. En revanche, l’activité M&A fait désormais partie de notre offre et nous prévoyons un fort intérêt  des investisseurs chinois.

Alors qu’il se trouvait au deuxième rang des devises les plus actives en transactions internationales en octobre 2013, le renminbi est désormais au sixième rang, derrière le dollar canadien, selon Swift dans un rapport publié mercredi. En valeur, les paiements en yuan ont chuté de plus de 22% sur un mois. Comment expliquez-vous ce repli?

Je ne souhaite pas commenter ces chiffres. La Chine est le deuxième exportateur mondial. Et le gouvernement chinois prévoit une libéralisation du renminbi en 2020, ce qui renforcera la proportion de la devise chinoise dans les échanges internationaux.

Le renminbi, utilisé dans 1,67% des paiements transfrontaliers dans le monde en octobre 2016, est désormais dépassé par l’euro dans les opérations financières commerciales, selon Swift.

Est-ce un nouveau signe de désaffection face à la forte dépréciation de la monnaie chinoise?

Je n’ai pas eu connaissance de cette étude. Le gouvernement chinois continue d’encadrer sa monnaie, qui fluctue autour d’un taux pivot déterminé quotidiennement. Depuis le 1er octobre, le renminbi a intégré les droits de tirage spéciaux, l’unité de compte du FMI, ce qui reste un signal très positif pour en faire une devise de référence.


 

 
 



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