Vinci et sa piqûre de rappel

jeudi, 24.11.2016

François Schaller

L’incident est clos. C’est en tout cas l’impression qu’il donnait hier soir, vingt-quatre heures après le décrochage du titre Vinci à Paris. Les quelque six milliards d’euros de destruction de valeur étaient à peu près rattrapés. Des enquêtes sont en cours pour identifier les auteurs de ce piratage. Leur mobile surtout.

Grossière manipulation de cours avec vente et achat de titres ou dérivés en parallèle? Difficile à croire, facile à vérifier. Examiner les transactions sur quelques heures prend du temps, mais permet de localiser les anomalies. On imagine mal en attendant que les initiés, sûrs d’eux quant aux chances d’opérer sans être repérés a posteriori, aient utilisé une méthode aussi approximative pour mystifier le marché.

Volonté de nuire au groupe Vinci? De la part d’opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes par exemple, qui ont revendiqué l’opération? Plus vraisemblable.

La revendication est venue rapidement, comme si elle avait été préparée. Bien que le style, la story réaliste et précise racontée par le faux communiqué ne corresponde guère à ce scénario. Il est déjà arrivé toutefois que des activistes diffusent de fausses informations sur des sociétés cotées.    

Il s’agit peut-être d’un simple canular. Sans autre motif que de s’amuser. Ce ne serait pas la première fois non plus, mais ce genre de plaisanterie est rarement gratuit. Elle est le plus souvent imaginée pour démontrer la fragilité d’un système et de ses comportements humains. Même si l’intention ne va pas jusque-là, le constat est ici rédhibitoire: comment est-ce possible que des professionnels n’aient pas trouvé étrange qu’une information aussi sensible fût diffusée avant la fermeture du marché? Et les médias piégés? Quelle rédaction, d’ailleurs, vérifie méthodiquement l’authenticité des communiqués?

L’ampleur de ce qui s’est passé avec Vinci fera de cet incident une référence pendant longtemps. Les risques évoqués à longueur d’année à propos de hacking existaient bien avant le numérique. La manière de les prévenir n’était dans le fond pas si différente. Des piqûres de rappel sont simplement nécessaires de temps en temps pour relancer la vigilance.n


 

 
 



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