La crise de l’intégrité amène à la corruption

mercredi, 23.11.2016

Sphère publique. La corruption coûte près de 2000 milliards de dollars par an à l’économie mondiale.

Marie Owens Thomsen

Populisme et dédain envers les «experts» et l’ensemble de la classe politique sont en hausse sur tous les continents de notre planète. Quand les populations s’expriment dans ce sens, la réaction de la part des gens raisonnés est souvent de blâmer les votants, suggérant qu’ils ne se comportent pas d’une manière responsable, ou qu’ils sont trop ignorants pour prendre ce genre de décisions.

En réalité, le blâme devrait être fermement jeté sur nos dirigeants car leur manque d’intégrité est à la racine de la vague populiste que nous connaissons aujourd’hui.

La manifestation la plus flagrante de manque d’intégrité dans la sphère publique est la corruption. La corruption rend les affaires plus onéreuses, augmente le gaspillage des ressources, limite l’accès des personnes défavorisées aux services publics et met en péril les droits de l’homme. La corruption attaque la confiance du public, met en cause le système judiciaire, et affaibli in fine l’Etat dans son ensemble. Il est aujourd’hui urgent d’agir contre la corruption et en faveur de l’intégrité de personnes au pouvoir.

La corruption coûte près de 2’000 milliards de dollars par an à l’économie mondiale, presque le PIB annuel d’un pays comme le Mexique, l’Italie ou la Corée du Sud (11ème, 12ème et 13ème économie mondiale respectivement) selon un rapport du Fond Monétaire International (FMI). Chaque année, environ 2% du PIB global est consacré à payer des pots-de-vin, et à cela il faut rajouter la perte des revenus des Etats dû à l’évasion des impôts; le coût de l’opportunité sur le défaut d’investissements dans des infrastructures, la santé, et l’éducation; le coût des taux d’intérêts qui grimpent souvent quand la confiance est faible; et les flux de capitaux qui ont tendance à quitter les pays touchés par la corruption. La corruption est en outre un obstacle à toutes les réformes structurelles, et dans l’ordre des réformes à mettre en place dans les pays, il vaut mieux mettre la corruption en premier. Malheureusement, les campagnes anticorruptions ressemblent fort souvent aux purges d’opposants politiques.

Néanmoins, la Chine, par exemple, a probablement raison de vouloir réduire la corruption dans le pays avant de se tourner vers des réformes substantielles de leurs sociétés publiques. L’erreur que la Chine a fait est de laisser le parti communiste s’occuper des sanctions des personnes jugées corrompues, au lieu d’investir le système judiciaire de ce pouvoir. Ainsi, la légitimité du processus est mise en cause et le résultat risque de ne pas arriver à améliorer la confiance dans les institutions.

La corruption peut paraître incontournable, pourtant, il y a des mesures efficaces pour lutter contre.

Que toute personne à un poste de pouvoir soit obligée de publier sa déclaration d’impôt, la nature et la répartition géographique de ses biens semblerait être un minimum, ainsi que tout don et tout avantage en nature dont elle peut bénéficier dans le cadre de ses fonctions. Que le financement des campagnes électorales soit contrôlé, les donations limitées, et les sociétés et les syndicats interdits d’y participer seraient également des exigences de base.

Il devrait être interdit d’être élu à des fonctions publiques tout en représentant un organisme de lobbying. Les fonctions dans le secteur privé que peuvent occuper des anciens élus devraient être étudiées par rapport à des possibles conflits d’intérêts, et le cumul de fonctions publiques comme privés devrait être soumis aux mêmes considérations.

Finalement, les pays devraient mettre en place et appliquer des sanctions efficaces contre toute violation des règles.

En outre, il faudrait rendre publiquement accessible un maximum de documents officiels.

La Suède, par exemple, à une loi dans ce sens qui date de 1766 et donc une longue tradition de la transparence qui n’est certes pas instantanément transposable dans d’autres pays. Néanmoins, toute tradition a un début et sans législation le reste ne pourra pas suivre. Parfois la législation existe mais se trouve détournée par des exemptions. Aux Etats-Unis, la législation en faveur de la libre information n’empêche pas que l’usager doit souvent justifier pourquoi il ou elle devrait y avoir accès, plutôt que d’obliger l’agence en question à justifier pourquoi il ne souhaite éventuellement pas rendre l’information en question publique.

Les pays qui sont dotés de ce genre de règles, qui permettent à la population d’avoir un regard sur les activités de ses institutions, et qui font respecter ces lois ont dans tous les cas moins de corruption que les autres, même si aucun pays n’est parfait. Lutter contre la corruption permet de lutter également contre l’aliénation évidente des populations par rapport à la classe politique, contre le populisme, et contre la stagnation économique. Prévoir, c’est déjà agir.

Cheffe économiste

Indosuez Wealth Management


 

 
 



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