Le franc tiraillé entre Etats-Unis et Europe

mercredi, 23.11.2016

Christian Affolter

Les marchés obligataires se sont mis depuis une dizaine de jours à anticiper le scénario d’une évolution divergente des taux entre Etats-Unis et Europe, après une hausse initiale des rendements généralisée suite à la victoire de Donald Trump. La Fed est pressentie augmenter les taux en décembre. Pour la politique monétaire de la Banque nationale (BNS), la Suisse se trouve placée dans le mauvais camp. Le fait que les rendements des obligations de la Confédération aient continué leur hausse au-delà de l’inversion de tendance dans la zone euro montre que selon les marchés, la Suisse  devrait se trouver du côté des Etats-Unis, du Japon, voire du Royaume-Uni. Prêt pour un resserrement, plutôt que de discuter de la marge pour un nouvel abaissement éventuel des taux négatifs, pourtant évoquée par un membre du directoire. Vouloir maintenir dans ce contexte un cours de change se référant à un euro en train de s’affaiblir pour refléter la divergence, plutôt que de s’orienter à la parité vis-à-vis du dollar, équivaut à aller à l’encontre de la volonté des marchés. C’est pourtant ce que tente actuellement la BNS. Même la Fed, nettement plus puissante que la BNS, n’a guère osé déjouer les marchés.  Depuis l’éclatement de la crise financière du moins. L’exercice s’annonce particulièrement périlleux, ou requiert en tout cas, et  une fois de plus, une création monétaire énorme pour empêcher l’euro de redescendre en-dessous du seuil devenu très visible de 1,07 franc. La BNS y est cependant très bien rompue, au prix d’un bilan dont la taille ne cesse de gonfler après avoir dépassé celle du PIB. Des questions de fond demeurent, laissant penser que des interventions d’importance resteront nécessaires, au moins jusqu’à ce que la Banque centrale européenne ne change sa politique accommodante. La croissance suisse sera cette année très probablement une nouvelle fois supérieure à celle de la zone euro, et la balance commerciale affichera un surplus proportionnellement plus important que dans la zone euro. La sensibilité du franc à ces données s’est manifestée hier dans le sens inverse: les exportations révélant un surplus nettement inférieur aux prévisions se sont traduites par un relâchement de la pression à la hausse vis-à-vis de l’euro.

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