La fin d’une relation historique

mardi, 22.11.2016

Pétrole-USD. La politique américaine et l’Opep suscitent une corrélation positive entre le billet vert et l’or noir.

Levi-Sergio Mutemba

Corrélation positive entre le billet vert et l’or noir

Le facteur politique change la relation historique entre le billet vert et les matières premières énergétiques. Libellées en dollar, celles-ci tendent à s’apprécier lorsque la devise américaine se déprécie. Et inversement. Une corrélation négative. Toutefois, la hausse tendancielle du billet vert s’accompagne ces derniers mois d’une hausse tout aussi tendancielle des prix du pétrole. Comme si les deux actifs entretenaient désormais une corrélation positive. Donald Trump et l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) en sont les raisons principales.

Durant les années 90 et jusqu’à la crise financière de 2008, de nombreux pays exportateurs de pétrole avaient profité du long cycle de hausse des cours du brut pour emprunter massivement sur les marchés des capitaux. Notamment en dollars. La crise financière de 2008 n’en a poussé que très peu à réduire l’endettement. Mais incité beaucoup à emprunter davantage encore, adossant leurs engagements à leurs réserves de pétrole.

La situation paraissait gérable jusqu’en 2014, lorsque les cours énergétiques commencèrent à chuter, les prix du WTI passant de 106 dollars le baril à environ 45 dollars aujourd’hui. Dans le même temps, l’indice du dollar a bondi de plus de 20% à un peu plus de 101 points. La corrélation inverse entre les deux actifs était manifeste et conforme à la plus grande partie de son histoire. La hausse du billet vert s’est en effet accompagnée d’une baisse des prix du pétrole.

Aujourd’hui, le marché entre dans une phase où la corrélation pourrait s’avérer positive pendant un certain temps. La politique inflationniste (sur le papier) du nouveau président américain, axée sur les dépenses publiques et les baisses d’impôt, a relevé les anticipations d’inflation et de croissance de l’économie américaine. Propulsant les taux de rendement des Treasuries vers des niveaux historiques et suggérant une politique monétaire plus restrictive. Ce qui exerce une pression haussière sur le dollar.

Comme dans le cas de la devise américaine, la politique joue également un rôle déterminant dans l’évolution des cours du pétrole. La toute récente reflation des prix du WTI et du Brent, la semaine dernière, reflète la poursuite des négociations entre les membres de l’Opep. Après des hésitations, de nouvelles discussions sont en cours, qui pourraient définitivement sceller un accord visant une réduction de la production.

Ainsi, les orientations politiques de Donald Trump et l’Opep sont devenues les deux principales forces soutenant à la fois le dollar et le pétrole. Car, du côté des fondamentaux, peu de choses, voire rien, ne permet d’envisager une telle corrélation entre le billet vert et l’or noir. Actuellement à 33,8 milions de barils par jour (mbj), la production de l’Opep devrait en effet être tirée vers le haut sur la base d’une hausse de la production irakienne et des réouvertures de puits pétroliers en Libye (premier producteur africain et neuvième à l’échelle globale) et, éventuellement, au Nigeria (affecté par des conflits). Aux États-Unis, la production paraît pour sa part avoir touché un plus bas, le nombre de plateformes pétrolières ayant augmenté de 40% depuis le creux observé en mai.

NN Investment Partners, qui surpondère le pétrole depuis le 8 novembre dans son allocation tactique, note toutefois que l’amélioration des données globales macros offre un cadre favorable aux matières premières les plus cycliques, dont le pétrole fait partie. Ses experts sont d’avis que les membres de l’Opep sauront se mettre d’accord, lors de la réunion du 30 novembre, sur les points qui les divisent actuellement. Ne serait-ce qu’en raison des contraintes budgétaires auxquelles font face ces derniers.

Le pétrole pourrait également recevoir un soutien d’un non-membre de l’Opep, à savoir la Russie. Pas plus tard qu’hier, le deuxième exportateur mondial derrière l’Arabie saoudite s’est dit prêt à geler la production à son niveau actuel. Ce qui a immédiatement fait réagir les experts de Goldman Sachs, annonçant tabler désormais sur un cours de 55 dollars le baril d’ici le début de l’année prochaine. La banque d’affaires se positionne comme étant tactiquement haussière sur le brut, confiante sur les chances d’un accord au sein de l’Opep dans moins de dix jours.

L’annonce faite hier par la Russie a du reste suscité un bond intraday de plus de 3% des cours du WTI et du Brent. Sur les sept derniers jours seulement, ceux-ci se sont ainsi appréciés de près de 10%. De même, le dollar s’est lui aussi apprécié de 2% environ sur cette période.n


 

 
 



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