Le secteur de l’énergie sous tension

mardi, 22.11.2016

La décision de sortir du nucléaire doit reposer sur des faits et être prise de manière rationnelle.

Daniel Kalt

Le secteur de l’énergie en Suisse est littéralement sous tension. Dans de nombreuses centrales électriques, chaque mégawatt-heure (MWh) produit et injecté dans le réseau creuse un peu plus les pertes dues à la baisse massive des prix de gros de l’électricité.

Dans ces conditions, produire de l’électricité équivaut à détruire de la valeur! Pour identifier l’origine de ce phénomène, il faut se tourner vers le nord. En Allemagne, le mécanisme subventionnel mis en place à l’époque par le gouvernement rouge-vert a fait surgir de terre d’énormes capacités d’énergies alternatives - dans l’éolien et le solaire en priorité.

L’Europe dispose aujourd’hui de deux fois plus de capacités de production d’électricité que la demande n’en absorbe aux heures de pointe. La désastreuse politique des subventions responsable de cette surproduction a fait chuter le prix de gros de l’électricité d’une valeur indicative européenne de 60 euros  en 2011 à 21 euros au début de l’année 2015.

La décision prise dans la précipitation par l’Allemagne après Fukushima de mettre à l’arrêt d’un coup cinq centrales atomiques et de sortir complètement du nucléaire n’a pratiquement servi à rien. Le redressement des prix qui se dessine depuis le début de 2015 n’apporte qu’une maigre consolation sur un marché noyé par un approvisionnement massif.

Aujourd’hui, l’initiative «Sortir du nucléaire» confronte également la Suisse à la question de savoir si elle entend retirer au plus tôt ses centrales nucléaires du réseau et les arrêter. D’ici 2017, il faudrait cesser d’exploiter Beznau I et II ainsi que Mühleberg, ce qui amputerait d’un coup la capacité de production d’électricité helvétique de quelque 13,3%. Ce volume devrait alors être remplacé, c’est-à-dire importé dans une large mesure.

D’un point de vue environnemental, Il faut tout de même se demander si l’importation d’électricité produite par les centrales à charbon et à gaz allemandes remplacerait avantageusement l’énergie nucléaire helvétique neutre sous l’angle du réchauffement climatique. On voit mal comment la Suisse pourrait, avec ses seuls moyens, remplacer l’électricité nucléaire par des sources d’énergie renouvelables propres au rythme du calendrier de sortie du nucléaire imposé par l’initiative.

L’alternative est de suivre la stratégie énergétique du Conseil fédéral. Ce programme poursuit fondamentalement le même objectif, à savoir le développement progressif des sources d’énergie renouvelables (hydraulique, solaire, éolien, biomasse, etc.), mais sur une période qui permettrait vraisemblablement d’abandonner le nucléaire sans engendrer de perturbations trop importantes au niveau de l’approvisionnement (voir à cet effet UBS Outlook «De nouvelles énergies pour la Suisse»).

La décision à venir, qui porte sur la sortie immédiate du nucléaire, devrait avant tout reposer sur des faits et être prise de manière aussi rationnelle que possible en fonction des critères économiques et sans négliger l’aspect de la sécurité de l’approvisionnement. En cas d’acceptation de l’initiative pour la sortie du nucléaire par le peuple, les centrales atomiques helvétiques seraient rapidement retirées du réseau et les groupes énergétiques pourraient demander des dommages et intérêts à la Confédération, donc aux contribuables.

En revanche, une sortie du nucléaire réfléchie et échelonnée dans le temps maintiendrait les centrales connectées au réseau, pour autant qu’elles répondent aux normes de sécurité requises. Ces installations permettraient aux groupes énergétiques, durant quelques années encore, d’engranger des marges de contribution, en particulier si les prix de l’électricité remontent au fil du temps, avant d’être obligés de les démanteler à grands frais.

Chef économiste Suisse, Chief Investment Office d’UBS


 

 
 



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